sábado, 7 de novembro de 2009

Il n'y a pas de film réellement et absolument brechtien. Il y a un seul film brechtien et qui le soit au plus près, c'est Leçon d'Histoire de Straub, d'après des fragments des « Affaires de Monsieur Jules César ». Le roman de Brecht est le matériau narratif de base sur lequel s'articule le choix minutieux d'acteurs qui disent, comme des récits, les textes mêmes de Brecht dans des décors directement liés à l'action qui est en cause. Une contradiction des siècles, qui met en présence d'anciens Romains et un enquêteur moderne, est relayée par des errances documentaires dans Rome où les signes les plus terre à terre de l'économique et les plus ténument sociaux font irruption dans le champ d'une caméra fixée dans une voiture et créent ainsi un ensemble de blocs dont l'hétérogénéité, loin d'imposer d'emblée une distance au spectateur, le conduit subrepticement au coeur des conflits racontés. Straub, à ne pas se priver de ce que le cinéma porte en soi de fascination (mais le théâtre aussi a sa fascination) jusqu'en ses plus insaisissables particules lumineuses et sonores, mène le spectateur au centre même du discours dramatique de Brecht. On peut penser que le film n'est pas, à la fin, absolument brechtien, mais il prouve au moins, par l'aspect radical de sa démarche, que la plupart des films qui s'inspirent de Brecht ne retiennent que les signes extérieurs de brechtisme et n'accaparent qu'une aura brechtienne: en employant des artifices qui signifient et fonctionnent au théâtre, ils les changent en effets de style ou en maniérismes (sauf si de tels artifices sont, comme chez Eisenstein, compensés et dialectisés en une structure d'artifices). Les films dits « brechtiens » revendiquent souvent, avec cette forte énonciation opérée par leurs metteurs en scène, une plus-value culturelle qui n'est souvent pas autre chose qu'un académisme marxiste ou gauchiste. Les uns appliqués et ennuyeux, les autres roublards et simples intruments de prise de pouvoir personnel, donnent une vision schématique de Brecht. Ce sont, en outre, des produits qui ne répondent qu'à des lois extérieures au travail cinématographique et qui sont censées enrichir ce cousin pauvre.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog