sexta-feira, 3 de dezembro de 2010

L'Encinéclopédie. Cinéastes "français" des années 1930 et leur oeuvre" : la passion du cinéma

Est-ce un livre cadeau, même s'il ne contient aucune photographie ? Assurément oui, car le travail d'édition est soigné, et le contenu inégalé. Le maître d'oeuvre en est le cinéaste Paul Vecchiali, auteur de Femmes femmes et de Corps à coeur, qui s'est entouré d'une vingtaine de rédacteurs pour écrire ce dictionnaire des cinéastes "français" des années 1930. Pourquoi ces guillemets autour de "français" ? Paul Vecchiali a intégré tous les cinéastes ayant travaillé en France de la naissance du parlant à la fin de l'année 1939, mais aussi ceux qui ont filmé pour la France. Ce fut entre autres le cas de Dreyer (Vampyr, 1931), de Lang (Le Testament du docteur Mabuse en 1932, Liliom en 1934), de Pabst (huit films entre 1930 et 1939), de Sirk (Accord final, en 1939), de Billy Wilder qui tourna Mauvaise graine en 1934 avec Danielle Darrieux

"Le cinéma français a toujours été à l'avant-garde de l'écriture. Sans doute parce que, surtout dans les années 1930, insolence et générosité en ont été les piliers", dit Paul Vecchiali, que la règle établie et l'histoire officielle irritent. "Insolence du propos, qu'il soit politique, social ou sexuel, sous les apparats de la séduction. Générosité ou don de soi, dans le sens où l'on se souciait peu d'être entendu, où l'on se livrait au plaisir en espérant le partager avec le public."

Ce que nous propose M. Vecchiali après dix ans de recherches est un regard de passion, des opinions tranchées sur tous les films recensés (une subjectivité revendiquée), un respect du cinéma populaire, autant de considération pour les nanars que pour les films de cinémathèque. Et une attention particulière pour les acteurs, qu'il s'agisse des stars ou de ces seconds rôles que l'on nomma "excentriques".

M. Vecchiali dit ce qu'il pense sans se laisser intimider par la notoriété de ceux dont il analyse les films. Qualifié de "pompeux, misogyne et homophobe", Sacha Guitry, par exemple, subit un jugement sévère : "C'est la lourdeur comique, les redondances, l'emphase et les idées reçues." Même s'il lui reconnaît un chef-d'oeuvre, Donne-moi tes yeux. Marcel Pagnol reçoit quelques coups de patte ("Il est bien meilleur lorsqu'il s'appuie sur Giono que sur lui-même", à propos de Regain, 1937). Jean Renoir est corrigé, accusé de chercher des intellectuels "une complicité malsaine", de revendiquer l'influence de Stroheim dont il n'a "ni l'épaisseur ni le côté sarcastique", de développer un "didactisme outrancier qui court-circuite le propos".

L'ouvrage ne vise pas qu'à exercer sa causticité. Il prend la défense de Pension Jonas, de Pierre Caron, que la censure avait interdit pour imbécillité : "Des gens qui ne connaissaient ni Prévert, ni Queneau, ni Feydeau, ni Labiche sans doute." Sort de l'oubli Jeff Musso, auteur du Puritain (1937) : "C'est un grand cinéaste, tout à fait hors norme : c'est sans doute pourquoi on l'ignore souvent, comme s'il posait problème." Réhabilite Yves Mirande (Baccara, 1935, "un régal !"). Autant-Lara attaqué par la Nouvelle Vague ? "L'esbroufe et l'arrivisme n'étaient pas dans son camp."

Après avoir revu Zéro de conduite, de Jean Vigo (1933), et La Belle Equipe, de Julien Duvivier (1936), M. Vecchiali tempère les enthousiasmes d'hier. Du premier, "on a exagéré le côté révolté : j'y vois surtout de la gaminerie". Le second "n'est pas le chef-d'oeuvre que mon souvenir me suggérait"... C'est cette honnêteté éclairée qui fait le suc de cette encyclopédie.

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L'ENCINÉCLOPÉDIE. CINÉASTES "FRANÇAIS" DES ANNÉES 1930 ET LEUR OEUVRE. Sous la direction de Paul Vecchiali, 2 tomes. Editions de l'Œil, 738 et 880 p., 40 €, en librairie le 6 décembre.

Jean-Luc Douin

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