terça-feira, 25 de agosto de 2015

Gentleman Jim

27/06/2002 à 00h06

Arte, 17 h 20 (câble et satellite).

SKORECKI Louis

Il y a des films qui servent de leçon. Ceux de Tourneur par exemple. Leopard Man a la blancheur des plus belles pages de Blanchot, et c'est l'un de ces films. Il n'apprend rien mais on peut quand même, au détour d'une vie, lui emprunter deux ou trois choses ­ une éthique du cinéma, une morale de la pauvreté, autant de choses qu'on serait à mal de trouver chez Renoir, cinéaste de la contradiction et de l'aristocratie, dialecticien trop fin, trop personnel, trop manipulateur aussi pour être utile à qui se risquerait à faire du cinéma, plus d'un siècle après l'invention de cette activité foraine scotchée pour toujours au XIXe siècle, et dont on voit mal comment elle s'en détacherait un jour. A la différence de Renoir, Tourneur vit dans l'ombre de l'art, il vit pour l'ombre, il vit pour l'art. Peu lui importe la gloire, les décorations, les compliments. Le grand Raoul Walsh, ce qui se fait de plus proche de Tourneur, vient de la même usine à formater ce qui ne se formate pas. Il vient de Griffith et Lumière, c'est-à-dire d'un temps où on ne sait pas encore ce que le mot «genre» ­ le mot le plus obscène du cinéma en tant qu'il se pense libre ­ veut dire.

Gentleman Jim, comme Leopard Man, aide à penser. Penser la vie, penser le cinéma, c'est un peu la même chose. Les crétins qui s'excitent aux leçons de cinéma de Martin Scorsese ont oublié ça. Ils pensent que le cinéma vaut mieux que la vie. Ils feuillettent les pages d'un dictionnaire en images où rien ne vit. Ni Rossellini, ni Walsh ne sortent évidemment grandis de ces explications de textes. Le cinéma excède l'explication, il se suffit à lui-même. Qu'il suffise de répéter, encore une fois, que la vigueur et l'intelligence walshiennes ridiculisent (avec quarante ans d'avance) les balbutiements speedés du nain new-yorkais. Répéter surtout que Gentleman Jim (1942) est la seule critique possible de Raging Bull (1980), une critique faite de dialogues, de sons et d'images. Jouer, pourquoi ? Grossir, pourquoi ? L'acteur est celui par qui le cinéma advient, celui qui sait précisément où il va. Ce n'est pas parce qu'il ne parle pas qu'il ne sait pas. Errol Flynn, dialoguant au-delà des siècles avec De Niro, c'est K.O. au premier round. Pas besoin de connaître la boxe pour diagnostiquer l'issue du match.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog