sábado, 22 de agosto de 2015

Les maraudeurs attaquent

23/04/2002 à 23h08

TCM, 0 h 40

SKORECKI Louis

Tuer un acteur, c'est l'une des définitions possibles du métier de cinéaste. Du métier de cinéaste fullerien, en tout cas. On ne s'est pas privé d'accuser Fuller d'avoir mis à mort Jeff Chandler dans Les maraudeurs attaquent. Faut dire qu'il avait succombé d'une crise cardiaque en plein tournage, exactement comme le général Merrill, le personnage qu'il interprète avec une élégance désuète et inquiète.

Les maraudeurs attaquent est d'autant plus intéressant qu'avec ce film ultime, l'un des chefs-d'oeuvre absolus de Samuel Fuller, Jeff Chandler entre dans la légende, celle des acteurs qui réussissent à coïncider au moins une fois dans leur vie avec un personnage, un personnage dont la stature est évidemment plus grande que tous ceux qu'ils ont interprétés avant. Merrill relègue aux oubliettes de la cinéphilie tous les autres rôles de Jeff Chandler, ces chefs indiens de noblesse récente qu'il personnifie à merveille ­ et dont il se fera une spécialité bien malgré lui. Il s'y colle le premier, dès 1950, dans la Flèche brisée, pour se plier aux désirs progressistes de Delmer Daves. Il fait Cochise, James Stewart fait James Stewart. C'est un héros pré-world, une sorte d'Anthony Quinn longiligne, vedette ambiguë d'un tiers-monde de pacotille. Il a 43 ans quand il disparaît aux yeux du monde, sans avoir pris le temps de le regarder assez longtemps pour faire fondre les filles. Ses yeux vert émeraude, elles n'ont pas eu le temps de les voir qu'il était déjà mort.

En le faisant mourir, Fuller transfigure Jeff Chandler. Martyr d'une profession du leurre et du semblant, il restera à jamais cet officier héroïque qui épuise et tue ses hommes ­ et lui-même, bien sûr ­ pour sauver la Birmanie de l'invasion japonaise. C'est le pays de l'épiphanie terminale, du mélodrame terminal. Dans ce pays sentimental et viril, un geste d'enfant peut faire pleurer un soldat ­ et toute une salle de cinéma avec lui. Comme tous les grands films de guerre, c'est un film de propagande. C'est comme ça. Porté par le Cinémascope processionnel et le Technicolor tardif de William Clothier (Walsh, Ford), Fuller danse au milieu des morts avec une belle cruauté documentaire et poétique. Mourir en tournant, c'est un rêve d'acteur. Jeff Chandler était malade, il préférait tomber au combat. «Lemcheck s'en est-il sorti ?», demande un blessé juste avant de mourir. Merrill : «Qui est Lemcheck ?» Le docteur : «Lemcheck ? C'était lui».

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