sábado, 22 de agosto de 2015

Les maraudeurs attaquent

01/12/2000 à 07h24

TCM, 0 h 50.

SKORECKI Louis

Corps au travail, à la limite de la syncope. Les maraudeurs attaquent est l'occasion rare de voir comment la guerre métamorphose les corps. Corps des personnages, corps des acteurs, corps des fantômes. Ici s'exhibe pour une fois la mort au travail, la mort réelle. Sans débauche d'exhibitionnisme, pour une fois, un corps d'acteur subit en direct le même sort que celui du personnage qu'il interprète. On n'a pas manqué, sans doute abusivement, de mettre sur le compte des méthodes de travail de Samuel Fuller la mort brutale de Jeff Chandler, juste avant la fin du tournage, coïncidant avec la mort réelle du personnage qu'il interprète, un personnage «plus grand que la vie», qui s'expose à l'anéantissement pour sauver ses hommes.

Revoir Les maraudeurs attaquent, au moment où se célèbrent l'antimilitarisme panthéiste (La Ligne rouge) et la dénonciation dolby (Il faut sauver le soldat Ryan), c'est faire l'expérience en temps réel de l'un des plus beaux films de guerre hollywoodiens, l'un des plus violents, l'un des plus lyriques. Fuller y met toute sa fureur, toute sa haine de la guerre. Transfusion si bien réussie que quand il réalise en 1980, soit près de vingt ans plus tard, The Big Red One, l'autobiographie-fiction qu'il trimballe avec lui depuis la fin de la guerre 39-45, le film est comme éteint, carbonisé, lyophilisé. Les Maraudeurs ont tout pris, tout absorbé, tout bouffé. Ce film court (82 minutes, comment tenir plus longtemps?) tient à la fois de Walsh et de Ford, ne serait-ce que par les lumières froides de William Clothier, chef opérateur à la flamboyance virile qui dirigeait aussi bien le champ des opérations pour Les Cavaliers que pour Distant Trumpet. En même temps, c'est le film le plus personnel de Samuel Fuller, encore écorché des stigmates de trois de ses films de guerre précédents, The Steel Helmet (1951), Fixed Bayonnets (1952), Verboten! (1959), et comme drapé d'un sens aigu du dérisoire, celui du Jugement des flèches (1957). Au moment où le cinéma commence à mimer le cinéma, Fuller retrouve du côté du réel le sens du baroque et de l'épopée, ce qu'on appelle encore, faute de mieux, «le cinéma».

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