quinta-feira, 13 de janeiro de 2011

« L'Homme qui rétrécit a une lumière qui doit tout à la conception de l'espace, du décor, des costumes, des rapports de grandeurs, élaborée et réalisée par son auteur, Jack Arnold. L'amenuisement progressif d'un homme sur lequel a passé en mer un nuage radioactif (alors qu'il vient de marchander avec sa femme la répartition des tâches quotidiennes de leurs vacances - sorte de prologue hitchcockien), et qui se perd dans l'infiniment petit, cette histoire de Richard Matheson, relue, avec une ferveur guidée par le silence, par un artisan génial qui s'appelle Jack Arnold (le génie artisanal est ce don mystique qui permet à certains de s'identifier aveuglément à l'objet qu'ils fabriquent: ce don est capricieux, imprévisible, et varie en intensité; les objets qui en résultent ne sont qu'apparemment impersonnels), cette histoire est devenue un voyage épique, marqué, dès les premiers plans, par sa lumière comme par un signe dinstinctif. Cette lumière, ce type de lumière propre à un film ne doit pas grand chose à une volonté esthétique du réalisateur ou de l'opérateur: elle est la signature même du film, sa trace chimique. Les modifications dans les repports de grandeurs entre le héros et sa femme, son chat, une araignée, une boîte d'allumettes, des clous, du fil, des ciseaux opèrent de fait une équivalence entre l'Histoire du Cinéma et l'histoire de l'humanité que nous percevons comme un récit infini qui remonte à notre enfance. Ce film inscrit sereinement l'opposition Lumière-Méliès sans donner de vainqueur, fait revivre à son héros les combats sans récompense de Buster Keaton et de Fritz Lang, et nous ramène, par une sorte d'invisible flash-back, jusqu'aux origines les plus lointaines de notre mémoire de spectateur de cinéma et d'être vivant. Le personnage du film, abruptement jeté dans l'imaginaire, se retrouve premier homme sur terre et premier héros de l'histoire du cinéma. Je ne sais rien de Jack Arnold, sauf que cet artisan inconnu est un poète: par son araignée, ses gouttes d'eau, ses appels au secours, ce grillage qui donne sur le cosmos, il me parle, à travers l'aphasie singulière des artisans de génie, de lui, de moi, de ce qui lie tout être humain à la solitude et à l'acceptation de la vie. »

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