domingo, 31 de julho de 2011



6 comentários:

bruno andrade disse...

07/05/2001 à 00h48

Des «Savates» à notre pied.

Critique «Les Savates du Bon Dieu». Canal +, 2 h 55.

SKORECKI Louis

On peut voir sur Canal + les Savates du Bon Dieu, le dernier Brisseau (De bruit et de fureur, Noce blanche), passé trop vite en salles pour qu'on en apprécie le romantisme déviant. Pour le spectateur, ce n'est pourtant pas gagné d'avance. En 1ère diff, les Savates... passe à 2 h 55 du matin. A Canal +, on se soucie comme de sa dernière savate de balancer le plus beau film français des dix dernières années à une heure pareille. «Fréquent, ce type de programmation», dit laconiquement le service de presse de la chaîne. «Mais non, ce n'est pas discriminatoire». On souligne même que la programmation de la chaîne est proportionnelle à l'accueil en salles et «en aucun cas» à l'enthousiasme des critiques. Pour peu que le film ne marche pas en salles, rassurez-vous, on l'enfoncera un dernier coup à l'antenne.

Le service de presse se veut rassurant. Si les trois autres programmations sont aussi décourageantes, la filiale jaune de la chaîne le programme une quinzaine de fois entre le 9 mai (7 h 35) et le 3 juin (3 h 45) à des horaires effectivement plus pratiques. Réserver impérativement sa soirée du 23 mai (23 h 55) ou du 24 (22 h 55), occasions précieuses de voir le seul film hollywoodien tourné en France, un mélo social d'une somptuosité rare dans un ciné-paysage étriqué, canalisé à mort par la complaisance narcissique dans laquelle il baigne. La forme, c'est bien, le style c'est mieux. Quand on a aussi une histoire à raconter, deux comédiennes ravissantes à filmer (Raphaëlle Godin, Coralie Revel), avec des apparitions d'Ava Gardner en limousine en bonus, ce n'est pas mal non plus. Même Stanislas Mehrar est bon, c'est dire.

bruno andrade disse...

03/07/2002 à 00h17

Les Savates du bon Dieu

Critique Arte, 22 h 45.

SKORECKI Louis

Brisseau, Moullet, deux noms de code pour ce qu'on persiste encore à appeler «cinéma». On peut aimer d'amour la télévision, mais on ne peut vraiment pas dire que ces deux-là en fassent. Ils voudraient qu'ils ne pourraient pas. Dans ses expériences télé, qu'elles soient documentaires ou fictionnelles, autobiographiques ou distanciées, Luc Moullet ne sait faire que du cinéma. Ouvrier d'une profession qui n'existe plus, il ne cesse de témoigner de son inadaptation foncière au cynisme d'usine. Dans une moindre mesure, qui donne une idée de cette mesure-là, celle de l'artisanat forain, on peut ajouter d'autres noms : Guédiguian, Vecchiali, Dardenne, des travailleurs fidèles à une certaine idée du récit en images qui tient de Lumière et Mizoguchi, Ford et Renoir.

Ils sont les seuls héritiers du seul cinéaste à avoir fait oeuvre depuis un demi-siècle, Rainer Werner Fassbinder. Fassbinder, délaisse le maniérisme, il témoigne de ce que le cinéma, c'est du contenu et rien d'autre. Du rêve, si l'on préfère, dans la mesure où le rêve et le réel, au cinéma, c'est la même chose. L'image, le son, ensuite, ça suit comme ça peut.

Jean-Claude Brisseau ne s'intéresse qu'au spectateur, du moins à ce qu'il en reste. Il ne sait faire que des bons films. Moullet habite près de chez Mizoguchi, du côté de la mise en scène. L'art de Paul Vecchiali, cinéaste irrégulier, tient tout entier dans une pochette de magicien. C'est le cinéma en tant qu'il reste un truc bricolé. Généalogie Méliès, Nazimova, Danielle Darrieux. Guédiguian, comme Grémillon, c'est le coït social, le cinéma radical, l'accent-refuge, les Dardenne, se réservant l'héritage de Lumière, l'acteur en tant qu'il déboule pour la première fois, en tant qu'il entre en gare. On n'a rien dit des Savates du Bon Dieu, sublime mélo hollywoodien, à mi-chemin des Amants du Capricorne et de la Comtesse aux pieds nus. C'est exprès. Dans deux ou trois mois, on verra Choses secrètes, le chef-d'oeuvre de Brisseau, écarté de la sélection cannoise par des professionnels de la télévision filmée qui ne savent plus grand-chose, c'est comme ça, de ce qu'ils persistent à appeler «cinéma».

bruno andrade disse...

19/11/2003 à 01h57

Les Savates du bon Dieu

Critique TPS ciné culte, 22 h 50

SKORECKI Louis

Ce film s'offre sans détours aux mille détours de son sujet. Il faut être Brisseau (ou Buñuel), c'est-à-dire un cinéaste hors normes, pour réussir ce genre de pari. Dans le monde étroit du cinéma d'auteur, il ne fait pas bon être hors normes. Buñuel en a bavé dans les trente dernières années de sa vie (alors que les choses étaient bien plus légères), et Brisseau se prépare bravement à deux ou trois dizaines d'années d'incompréhension. Aujourd'hui, les militants ne sont plus ceux qu'on pense. Disons, pour faire court, qu'ils en appellent à un spectateur drivé à mort par les chauffeurs de salles, un spectateur qui croit dur comme fer que Thierry Ardisson et Yves Bigot, son patron sur FR2, sont les punks du PAF, et que Michel Field, son collègue sur Paris Première, est un critique littéraire. On reconnaît les militants, ces militants-là en tout cas, à leur cul bas et lourd. Vous trouvez qu'Ardisson s'arrange avec le temps ? Vous aimez les petites culottes des infirmières de Michel Field ? Vous changerez d'avis à l'hôpital. Vous croyez que le cinéma et la télé, ce n'est pas pareil ? Vous avez raison. Les cadavres ont toujours raison.

Vous pensez que le chroniqueur s'égare. Mais le lieu du cinéma, c'est bien la nuit, non ? Mieux vaut fermer les yeux pour parler des détours sans fin de Brisseau. Il y est sans y être. Il s'y vautre avec la légèreté d'une danseuse. Brisseau, rappelez-vous, c'est le nom de code pour «cinéma». Oubliez les guillemets, c'est juste pour faire joli. N'attendez pas de mode d'emploi pour vous coltiner les Savates du bon Dieu, il n'y en a pas. C'est juste une histoire d'amour entre un homme et le cinéma. Il ne connaît rien mais il aime Ava Gardner. Il ne connaît rien mais il aime Gary Cooper. Au bout de la rue, il leur fait signe. Va-t-il oser les embrasser ?

bruno andrade disse...

16/10/2002 à 01h25

Mes dates clés, par Jean-Claude Brisseau.

Interview


«Juillet 1944. Après une nuit de terreur, ma mère me projette dans le monde grâce à un bombardement.

1947. Je vois mon premier film, Bataan, au cinéma d'à côté.

1950. Je vais au moins trois fois par semaine au cinéma : le jeudi après-midi tout seul ou avec les copains, les samedis et dimanches soir avec ma mère. Le lundi matin, à l'école, je rêve du film que j'ai vu la veille.

1951. Après avoir fait la queue pendant une heure et avoir cru étouffer dans la bousculade pour entrer au Lynx, place Pigalle, je vois Gary Cooper dans les Aventures du capitaine Wyatt. Je revois le film une vingtaine de fois dans l'année et passe de trois à quatre films par semaine. Dieu sait pourtant qu'il n'y avait pas trop d'argent dans la famille... Mais j'étais un enfant gâté. Je l'ai payé plus tard.

1952. Je rentre au lycée Chaptal où je resterai sept ans, échappant à la délinquance... Mais je garde l'argent de la cantine ou du métro pour aller au cinéma.

1960. Moi qui ne lisais que Cinémonde et Ciné-Revue, je tombe sur les Cahiers du cinéma. J'apprends que les films joués par Cooper, Gable, Stewart, Ava Gardner, Joan Collins, Kim Novak ou Gabin sont réalisés par Hitchcock, Walsh, Hawks, Mann, Ray ou Renoir. Je commence à fréquenter la Cinémathèque, les ciné-clubs, en particulier celui du lycée Montaigne. Débats prolongés au bistrot du coin. Je découvre la Nouvelle Vague, l'idée de mise en scène et celle d'auteur.

Décembre 1960. Je vois Psychose. Je rêve de faire l'Idhec.

1962. Je passe le bac mais réalise que je ne ferai jamais ni l'Idhec ni du cinéma... Faute d'argent. Je travaille. Le temps passe. Je découvre des films que je reverrai plus de cent fois. Je deviens instituteur puis prof. Je découvre Freud.

1969. Je découvre Marx. J'ai aussi des préoccupations "mystiques", à partir de l'hindouisme et d'une relecture de la Bible. J'apprends à sortir de mon état d'adolescent attardé qui vit dans un rêve de cinéma. Je rencontre ma première compagne, nous vivons ensemble. Poussé par la vie, je deviens un peu moins irresponsable.

1974. J'enseigne en Seine-Saint-Denis, je découvre une délinquance et sa violence, aux explications multiples et complexes, qui sera niée par presque tous (surtout les politiques) pendant plus de vingt ans.

bruno andrade disse...

1975. Apparition des caméras Super-8 sonores. Avec, je réalise pendant les vacances deux films : l'un en hommage à Hitchcock, l'autre d'une facture plus intime. Je fais tourner Lisa, la seule actrice dont je tomberai profondément amoureux, qui restera ma compagne. Présentation des films au festival S-8 à l'Oympic. Eric Rohmer est dans la salle, puis, ô miracle, il me reçoit dans son bureau.

1978. Rohmer et les Films du Losange essaient de produire mon premier film la Vie comme ça, inspiré de mon expérience des banlieues. Je le réalise avec l'aide de l'INA, mais il me faut attendre 1981 pour enfin le terminer.

1981. Ce film me vaut deux commandes de l'INA, grâce à Jean Collet : l'Echangeur, pour la série «Contes pour enfants» sur A2, les Ombres, maquette d'une nouvelle série, «La télévision de chambre», sur TF1.

1982. Je réalise mon premier film en 35 mm, Un jeu brutal, produit par le Losange. Guère plus de 5 000 entrées, mais la chance d'être remarqué par Libé et les Cahiers ainsi que par Téchiné et Tavernier.

1986. Grâce à l'avance sur recettes, je m'apprête à commencer De bruit et de fureur quand le tournage doit être repoussé d'un an. En congé sans solde, je me retrouve à ne rien faire. Jean Collet me demande un scénario pour la Sept. Ce sera Noce blanche, dont personne ne veut à l'époque.

1987. Tournage de De bruit et de fureur. Personne ne semble trop vouloir du film. Coup de chance : le film est un des événements du Festival de Cannes.

1989. Contre toute attente, Noce blanche est un gros succès commercial. J'entre, un peu comme Alice au pays des merveilles, dans le monde du cinéma. Il me faudra quelques années pour être déniaisé.

1998. Les Savates du Bon Dieu, dont le tournage s'avère un désastre humain et financier : le film ne sortira que deux ans plus tard.

2001. Tournage de Choses secrètes après dix ans d'efforts, onze projets de réalisation avortés et six contrats, au dernier moment jamais signés.

2002. Le film sort. Avec peu de moyens, dans un environnement cinématographique brutal. Il a été le plus difficile à concevoir et à réaliser, le plus risqué et, quoi qu'il se passe, celui dont je suis le plus fier. De mon point de vue d'auteur et cinéaste. »

bruno andrade disse...

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