quarta-feira, 23 de novembro de 2011

Sur la télévision
de Louis Skorecki

Um comentário:

bruno andrade disse...

Je ne me suis jamais tout à fait senti un critique comme les autres. Serge Daney aux Cahiers dans les années 70 me disait toujours que je n’étais pas un vrai critique, c’est-à-dire un théoricien, mais plutôt un journaliste. Evidemment dans sa bouche, c’était une insulte. Puis quand il est parti à Libération, en 1981, ce n’est pas lui qui m’a fait venir, mais Gérard Lefort, qui dirigeait à l’époque les pages Télé. C’est vrai que je me sens plutôt un journaliste qu’un critique. Je n’ai écrit qu’un seul papier un peu théorique : Contre la nouvelle cinéphile. Il a mis presqu’un an à paraître tellement certains rédacteurs, comme Kané ou Bonitzer, étaient opposés au contenu du texte. Daney me disait « Je me bats pour que ça passe, ne t’inquiète pas ». Sauf qu’il était rédacteur en chef, donc je ne vois pas pourquoi il avait à se battre ! Finalement le texte est passé mais avec une réponse de Pascal Kané, qui réfutait le texte. Serge trouvait le papier bien, mais n’aimait pas la fin, sur la télévision comme lieu véritable où peut s’élaborer une cinéphilie d’aujourd’hui. On s’est fâché dans les dernières années de sa vie. Mais je suis allé le voir deux fois quand il était vraiment très malade. Il était devenu très dur avec tout le monde, dans un truc genre « Je dis la vérité ». Il m’a dit que j’avais raté ma vie, que je n’avais rien accompli. Alors je lui ai dit : « Ecoute, depuis des années, tu n’écris plus que sur la télé, de dire que tout est intéressant à la télé… La télé, c’était d’abord moi quand même… ». Il a eu du mal à déglutir, il était très orgueilleux – moi aussi mais pas de la même manière-, et il a dit : « Bon, là oui, c’est vrai, t’avais un peu d’avance ». Pour moi, Contre la cinéphilie était juste une hypothèse, pas une déclaration d’intention ou une affirmation théorique. A l’époque j’étais vautré toute la journée devant ma télévision, je n’avais même pas la couleur, elle était floue. Le rapport que j’avais eu adolescent avec le cinéma je commençais à l’avoir avec la télé. Je ne savais pas l’expliquer, j’étais perdu, mais perdu devant la télévision comme avant devant les films, quand j’en voyais à peu près six par jours. Parce que c’est ça des cinéphiles, des gens qui ont envie de se perdre. Dans les salles, ils ne savent plus ou est la droite ou la gauche, si c’est la vie ou un rêve. Ni Daney, ni Oudart, ni moi ne savions où était le réel quand nous étions cinéphiles. On ne savait même pas vraiment ce que disait un film. Les cinéphiles sont nés du désir de donner une forme à ce qu’il vivait sur le mode de l’hallucination. Après j’ai pensé que c’était fini. Quand j’ai tourné Les Cinéphiles, je pensais que ces jeunes gens qui regardaient des films toute la journée et en parlaient était dans le mimétisme de quelque chose de mort. J’ai choisi de ne pas montrer que la cinéphilie n’existait plus mais de faire comme si.

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