domingo, 23 de agosto de 2015

A Distant Trumpet

TCM, 22 h 35

par Louis SKORECKI

Je n'aime pas le cinéma. Je le sais depuis quinze ans, mais la graine a été semée avant, le 21 juillet 1965, dans une ville fantôme d'Arizona servant aux tournages de westerns, repeinte et reconfigurée à chaque film. Le reste de l'été, j'habitais 8425 Sunset Boulevard, dans une villa qui avait vu des meilleurs jours, quand Errol Flynn y organisait des soirées salaces. Pour moi, c'était plateau-télé ou viande de cheval, la moins chère, vu qu'un Américain se ferait tuer plutôt que de manger du cheval. Ce jour-là, dans cette ville-décor, Hawks tournait une suite improbable à Rio Bravo, avec John Wayne et Robert Mitchum. Deux ans plus tôt, j'avais passé une journée sur le tournage d'un autre film, signé Walsh, un film d'une autre importance, A Distant Trumpet.

Sur le film médiocre d'un grand cinéaste (Hawks) comme sur le chef-d'oeuvre de Raoul Walsh, tout se passait exactement pareil. Plus exactement, il ne se passait rien. Deux grands cinéastes assistaient, impassibles, au tournage de leur film. Ils ne parlaient ni aux techniciens, ni aux acteurs. Il n'y a qu'à moi qu'ils parlaient, c'est dire l'incongruité de la situation. Deux vieux réalisateurs à l'oeil narquois, deux régisseurs, surgis par miracle d'un temps où Hollywood ne savait pas parler. J'étais là, eux aussi, et c'est là que la graine a été semée. Comment faisaient-ils, en ne faisant rien, pour faire de grands films ? A la fin de la journée, Walsh m'a regardé d'un oeil moins suspicieux. Il s'était demandé pendant des heures qui j'étais pour lui poser des questions. Des questions, rendez-vous compte. Vous ne vous rendez pas compte, tant pis. Il m'a dit du bien de Troy Donahue, il m'a même invité à voir les rushes. Les rushes de Walsh, rendez-vous compte. Je n'en revenais pas. J'ai douté du cinéma ce jour-là, sans même le savoir. C'était la première fois. Pas la dernière.

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