terça-feira, 25 de agosto de 2015

A l'est d'Eden

LOUIS SKORECKI 19 MARS 2002 À 22:38

TCM, 22h45

Filmer un serpent ou un enterrement, c'est la seule chose à quoi peut bien servir le Cinémascope. C'est ce que disait Fritz Lang en 1963. Il me le disait à moi, alors tu peux me croire, petit. Il n'était pas trop vieux, le vieux Lang. N'avait pas encore besoin, comme tous les vieux maîtres hollywoodiens sur la fin, comme Ford, comme Hitchcock, comme Hawks, comme tant d'autres, de faire plaisir à un crétin de journaliste en lui racontant ­ quand on est fatigué, on raconte n'importe quoi ­ ce qu'il veut entendre à tout prix. A quoi ça sert, le Cinémascope, hein? Et un clin d'oeil de son oeil unique, son oeil narquois ­ si tu peux imaginer ça. Tu ne peux pas. Tant pis. Elia Kazan filmait les serpents et les enterrements mieux que personne. Dans A l'est d'Eden, le meilleur James Dean, le seul bon James Dean, il laisse filer un train dans toute sa longueur, à travers l'écran. Pas sur la largeur interminable du Cinémascope, mais encore mieux, sur sa diagonale. Tu vois, il a le temps, Kazan. Il n'a que ça, mais il l'a.

La séance d'avant (20 h 45, TV Breizh), c'est Leo McCarey qui régale. An Affair to Remember (Elle et Lui, 1957), ou le remake en forme de clin d'oeil de Love Affair, avec Cary Grant et Deborah Kerr à la place de Charles Boyer et Irene Dunne. Pour aimer ce film-là, mieux vaut être une fille et aimer le cinéma. Tu vois, petit, les filles en savent plus que toi sur les accidents de la vie, ce qui fait qu'un film ne fait pas du sur place. Tu ne vois pas? Tu préfères James Dean et ses oeillades rentrées, son dos voûté, ses airs de vieille fille. Tu trouves qu'il ressemble à Rimbaud et que le jeune Kazan avait des airs de Verlaine. Si tu y tiens...

Tu vois, petit, la différence entre McCarey et Kazan, c'est que l'un est mort et l'autre vivant. Ça compte, ces détails. Et si Leo McCarey est mort, c'est de tristesse, parce que les studios hollywoodiens ne l'ont plus laissé tourner. Avec ses mélos sanglants et ses curés chantants, il leur avait fait gagner des millions, le vieux Leo. En 1964, tu peux me croire, j'y étais, le vieux McCarey dansait à la cantine de la Fox en montrant son oreille esquintée. Il hurlait tellement que les hoberaux hollywoodiens, ceux qui bouffent dans les cantines, ne savaient plus où se mettre. «Il ne tournera plus, celui-là, m'a glissé un jeune cadre du studio, on lui laisse juste un bureau pour lui faire croire.» Tu trouves ça triste. Alors ne vas pas au cinéma, petit. Le cinéma, c'est que des histoires de mort, tu vois. Tu ne comprend pas? Tant pis, petit. Tant pis.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog