quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Arte, 20h40. «Hiroshima mon amour» 1958, déjà Resnais commémorait.

07/08/1995 à 07h38

SKORECKI Louis

Quand Alain Resnais réalise Hiroshima mon amour, en 1958, sait-il que ce film va profondément marquer son époque et que certains spectateurs citeront volontiers des phrases du dialogue dans leurs conversations? Le scénario lancinant et répétitif de Marguerite Duras est pour beaucoup dans cet aspect quasi hypnotique du film.

Le film commence par une étreinte. Les bras, le dos, le grain de la peau. Une Française, un Japonais. Et le reproche qui revient comme un leitmotiv: «Tu n'as rien vu à Hiroshima.» La femme se défend, elle énumère les endroits qu'elle a visités, pour elle, cela ne fait pas l'ombre d'un doute: elle a tout vu. On voit l'hôpital, les longs travellings dans les couloirs, sur les lits, et on entend la femme qui psalmodie et répète qu'elle a visité le musée, les expositions. Elle a vu les photos. On voit des gros plans des blessures sur les visages, les cheveux qui tombent par paquets. Mais lui en est sûr: elle n'a rien vu.

On se laisse bercer par cette voix douce à l'accent japonais épais, comme une musique. «J'ai vu les actualités, je les ai vues». La femme proteste, elle cherche à faire taire cette trop douce voix japonaise. C'est petit à petit qu'on voit les visages, elle a la beauté lisse d'Emmanuelle Riva, il est joué par un jeune premier, Eiji Okada.

Les chiffres défilent. 100.000 morts, 80.000 blessés en neuf secondes. «Ces chiffres sont officiels. Ça recommencera.» Et puis la belle langue de Marguerite Duras: «Je te rencontre. Je me souviens de toi. Tu me tues, tu me fais du bien». Un gros plan d'Emmanuelle Riva suivi d'un gros plan rieur d'Eiji Okada qui raconte que sa famille était à Hiroshima. Lui, il faisait la guerre. Elle, elle est ici pour tourner un film. «Bien regarder, je crois que ça s'apprend.» Elle marche en kimono sur le balcon. Il se réveille, elle lui apporte son café. Ils rient ensemble sous la douche. Ils s'embrassent.

Ils parlent de la peur et de l'indifférence. «Je suis le premier Japonais de ta vie?» Il est architecte. Elle tourne un film sur la paix: «Qu'est-ce que tu veux qu'on tourne à Hiroshima sinon un film sur la paix?»

Ils n'ont qu'une journée et une nuit ensemble, elle rentre à Paris le lendemain. Leur séparation est comme une brûlure. Peu à peu, elle lui raconte sa guerre à elle, comment elle s'est éprise d'un Allemand, comment elle a été tondue à la Libération. Ça se passait à Nevers. Les images de Nevers et d'Hiroshima se mélangent peu à peu.

Elle lui parle de la Loire, de sa lumière tellement douce. «Je crie ton nom, ton nom allemand». Les deux hommes se mélangent. «Un jour, j'ai vingt ans, c'est dans la cave.» Puis elle hurle: «Ah! Que j'étais jeune, un jour!»

Riva raconte la lente agonie de son amant allemand et son amant japonais doit la gifler pour la faire sortir du cauchemar. Elle avoue que c'est la première fois qu'elle raconte cette histoire, même son mari ne la connaît pas. On vient d'assister à une double confession, celle d'un homme qui s'appelle Hiroshima et celle d'une femme qui s'appelle Nevers. Une douloureuse symphonie d'aveux impossibles, une réflexion meurtrie sur le temps qui passe.

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