quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

ARTE, 23h25. «Mouchette» (1967) adapté d'un roman de Bernanos. Lolita chez Robert Bresson.

Par Louis SKORECKI — 19 mai 1995 à 04:53

Robert Bresson, avec son style épuré et ses acteurs non professionnels, aura plus influencé le cinéma français que quiconque. On n'a pas encore saisi à quel point sa dédramatisation radicale du moindre acte aura à la fois séduit et horrifié. Seule une infime partie du public a accepté un cinéma si extrême, qui aura quand même su, on ne sait trop comment, obliger le cinéma commercial à styliser le jeu de ses acteurs.

Mouchette, réalisé en 1967, fait partie des chefs-d'oeuvre tardifs du maître. C'est une adaptation minimale d'un roman de Georges Bernanos qui décrit la triste vie d'une fille de quatorze ans. Nadine Nortier prête son corps rond de petite femme précoce à la pauvre Mouchette, coincée entre un père alcoolique (Paul Hébert) et une mère malade (Marie Cardinal).

Un jour, Mouchette prend un raccourci pour rentrer de l'école et l'orage la surprend dans les bois. On voit la pluie qui pénètre ses vêtements, son pauvre corps qui se trempe jusqu'aux os. Elle est surprise par un braconnier, Arsène (Jean-Claude Guilbert), qui l'emmène dans un abri.

Toutes les scènes entre Mouchette et Arsène sont admirables de retenue. Elle lui essuye la bouche quand il a une crise d'épilepsie, elle chante pour lui de sa pauvre petite voix, elle le couve du regard. Plus tard, quand Arsène se jette sur elle pour l'embrasser, elle ne résiste pas longtemps. Mais quel pourra être le sort de Mouchette après qu'elle ait connu ce drôle d'amour?

Louis SKORECKI

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