quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Arte, 23h45, documentaire. Un Cavalier sans bride. Portrait du réalisateur de «Thérèse».

Par Louis SKORECKI — 26 janvier 1996 à 23:27

Arte, 23h45, documentaire. Un Cavalier sans bride. Portrait du réalisateur de «Thérèse».

Le portrait d'Alain Cavalier que propose Jean-Pierre Limosin a une telle légèreté, une telle transparence qu'on pourrait dire qu'il s'agit d'un autoportrait. La série Cinéma, de notre temps nous avait habitués à la qualité mais rarement un auteur aura autant collé à son sujet. Jean-Pierre Limosin, cinéaste subtil et pervers, a dû laisser au vestiaire sa manière propre pour inventer une mise en scène qui ressemble à l'objet qu'elle cerne. Il avait déjà expérimenté cette manière de faire dans son documentaire parfait sur Kiarostami, filmé à la manière du maître iranien dans une voiture sur le chemin de nulle part.

Sous le titre énigmatique de 7 chapitres, 5 jours, 2 pièces-cuisine, Limosin nous entraîne dans l'intimité d'un cinéaste singulier et secret dont le vrai génie aura dû attendre des années (Thérèse, 1986) pour apparaître au grand jour. Alain Cavalier regarde droit dans la caméra et se souvient: «La première image qui m'a suffoqué, je la connais bien, j'avais cinq ans. J'ai vu dans la cour d'une ferme, le visage d'une femme, très précisément, si précisément que j'étais transformé une fraction de seconde en une espèce de brandon incandescent. Et cette sensation d'être brûlé par un visage, je l'ai retrouvée quelques années plus tard en allant au cinéma.» Il va voir derrière l'écran et découvre qu'il n'y a rien. Il comprend vite le mécanisme du cinéma et ses parents lui achètent une petite caméra. Mais il n'ose pas filmer un visage, il filme une maison.

Cavalier glisse ensuite des photos dans le cadre d'une télévision et les commente. On voit la Romy Schneider de ses débuts et Cavalier explique qu'elle était parée, maquillée, alors que lui était nu. Il n'ose pas la regarder dans les yeux. Il lui faudra quatre films pour se défaire du maquillage. Plus on avance, plus Cavalier semble nu, fragile, présent.

C'est avec une grande émotion qu'on voit les essais de Catherine Mouchet pour Thérèse, filmés en vidéo par Cavalier lui-même. «L'image me collait sur la rétine. Tout y était. Les sourcils un peu épais. Un don reçu, un don accepté.» Si ce documentaire est si beau, c'est que les confidences y sont consenties: les trois choses qui intéressent Cavalier aujourd'hui, c'est le visage, la main, un objet. Il n'a pas de problème d'argent, il ne consomme pas. Drôle de bonhomme, espèce de moine malicieux, malin.

Pour son onzième film, Cavalier tourne lui-même en vidéo 8 des images qui seront plus tard transférées en 35 mm. Il insiste sur sa liberté, «infinie, considérable». La caméra devient un crayon et l'image qu'il obtient changera forcément du standard visuel en cours.

Confessions sur ses insomnies, sur son père aveugle. Rappel de son éducation religieuse. «Filmer, c'était dire non.» Utiliser le fondu au noir comme on ferme les yeux. Importance du fond sur lequel on filme. Rapports avec la peinture. On sent Limosin à l'écoute, c'est un ami confiant qui lui parle.

Puis viennent les photos. Des déportés nus avant la chambre à gaz. Un homme torturé. Avant de se quitter, Cavalier raconte son prochain film. L'idée qui l'a vu naître? Une femme se prépare à un rendez-vous et se demande si son odeur va plaire à l'homme qu'elle va voir.

Louis SKORECKI

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