quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

ARTE, dimanche, 20h40. «Un voyage avec Scorsese à travers le cinéma américain». L'oeil de Scorsese sur Hollywood. Une rétrospective en forme de déclaration d'amour au septième art.

27/05/1995 à 04h42

SKORECKI Louis

La série 100 ans de cinéma change de titre à l'occasion de son cinquième volet, puisque c'est cette fois à Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain que nous sommes conviés. Une véritable fresque puisqu'il s'agit de trois parties de près d'une heure et demie chacune diffusées sur deux jours. Les deux premières sont programmées dimanche soir, accompagnées d'un film fétiche de Scorsese, la Féline de Jacques Tourneur. La troisième partie sera, elle, diffusée lundi soir.

Scorsese commence son voyage à travers le siècle du cinéma par le très beau film de Vincente Minnelli, the Bad and the Beautiful (les Ensorcelés, 1952), qui met en scène les conflits entre un producteur, Kirk Douglas, et ses collaborateurs. Puis, face à la caméra, Scorsese raconte son histoire d'amour avec le cinéma. Entre 1940 et 1950, il est un gamin fourré dans les salles de cinéma qui cherche en vain dans les bibliothèques de quoi compléter sa passion. Il n'existe alors qu'une seule histoire du cinéma, illustrée de nombreuses photos en noir et blanc. Pour nourrir ses rêves, Scorsese avoue avoir plusieurs fois arraché des pages à ce livre précieux.

En 1946 - il est alors âgé de quatre ans- sa mère l'emmène voir Duel au soleil de King Vidor dont la sensualité flamboyante l'envoûte littéralement. On suit les amours de l'héroïne, Jennifer Jones, avec un personnage de «méchant» Gregory Peck. Face au duel final qui boucle ce mélodrame, le petit Scorsese se rappelle s'être bouché les yeux.

Le cinéaste évoque brièvement des films rares de Samuel Fuller (The Naked Kiss/Police spéciale, 1964), Irving Lerner (Meurtre sous contrat, 1958), Delmer Daves (la Maison rouge, 1947), Phil Karlson (Phenix City Story, 1955) ainsi que les oeuvres un peu oubliées d'Allan Dwan, Ida Lupino, André de Toth. C'est par un extrait des Voyages de Sullivan (Preston Sturges, 1941) que Scorsese introduit son premier chapitre, Le Dilemme du réalisateur.

Suit un second extrait des Ensorcelés, qui montre le travail en équipe, les engueulades entre producteur et réalisateur, pour l'élaboration fiévreuse d'un film à petit budget, la Malédiction des hommes chat. Minnelli fait notamment une référence explicite à Tourneur et à son idée géniale: et si on ne montrait jamais les hommes chat?

Gregory Peck vient alors témoigner de la toute-puissance de Selznick sur Duel au soleil: obsédé par l'idée de dépasser Autant en emporte le vent, il réécrivait les dialogues dans la nuit. Il en venait même à diriger par dessus l'épaule de King Vidor qui décida de quitter le plateau et fut remplacé par William Dieterle.

King Vidor est pour Scorsese le plus individualiste et le plus coriace de tous les pionniers hollywoodiens. Irving Thalberg n'accepta de produire la Foule en 1928 que parce que Vidor venait d'avoir un gros succès avec la Grande Parade. Il alternait à l'époque films pour le studio et films pour lui-même. Scorsese évoque aussi les carrières de Stroheim et Keaton, brimés par les grands studios, tandis que Clarence Brown, à la MGM, ou Henry King, à la Fox, faisaient carrière. Quant à Michael Curtiz, il tourne 85 films pour la Warner, -Casablanca étant son 63e- et réalise en moyenne trois films par an pendant vingt-huit ans.

Scorsese exalte le talent de tous ces réalisateurs qui avaient besoin de la discipline du studio pour s'épanouir. Pour lui, le réalisateur est un «conteur». A commencer par Griffith qui, influencé par les écrivains du XIXe siècle, invente un cinéma de «genre»: en 1912, il tourne Coeur d'apache, le premier film de gangster. Avec le western et la comédie musicale, voilà les trois genres majeurs du siècle.

Scorsese suit également l'évolution de John Wayne dans trois westerns très différents de John Ford, et s'arrête aux Furies, un western freudien d'Anthony Mann réalisé en 1950. Beaux extraits de Boetticher, qui introduisent aux westerns tardifs d'Arthur Penn et Clint Eastwood.

Wellman, Hawks, Walsh, trois maîtres du film de gangsters. Busby Berkeley, roi de la comédie musicale. Les extraits de films pleuvent, somptueux: de Berkeley à Llyod Bacon, de Minnelli à Cukor. On passe en douceur au thème du «réalisateur illusionniste»: avec Keaton, Griffith, de Mille, on aborde le sens du merveilleux et du détail. De Borzage, Murnaü, Vidor, on saute au technicolor de John Stahl en 1945 pour Pêché mortel.

Scorsese en vient alors au thème du «réalisateur contrebandier» qu'il illustre avec Cat People et l'arrivée en 1945 avec Detour d'Edgar G.Ulmer du film noir. L'expression est inventée par les Français qui découvrent en 1946 les productions hollywoodiennes qu'ils avaient manquées sous l'occupation allemande.

Impossible d'énumérer tous les fabuleux films dont Scorsese extrait à chaque fois de magnifiques séquences. On verra des Sirk, des Aldrich, des Ray, avant d'en arriver, plus près de nous, à Cassavetes ou Kubrick. Cette somptueuse saga se termine en 1970, Scorsese ne se jugeant pas objectif pour traiter de la période où lui-même devient cinéaste. On sort de cette fresque contrastée avec des souvenirs tout neufs, ceux d'une époque où Hollywood savait inventer et rêver mieux que le reste du monde.

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