quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

ARTE, Dimanche, 23h10. Orson Welles, inédit en fin de vie. Rushes et essais pour un documentaire sur ses vingt dernières années.

07/10/1995 à 09h29

SKORECKI Louis

A quoi Orson Welles a-t-il passé les vingt dernières années de sa vie? Si chacun se remémore les splendeurs baroques de sa jeunesse (on reverra avec plaisir, dimanche, le magique Citizen Kane), on ne connaît guère qu'un film tardif, Vérités et mensonges (1973), au demeurant très inégal, cependant que les légendes courent sur ses films inachevés. Orson Welles, l'homme orchestre arrive donc à point nommé pour lever un coin du voile, en laissant entrevoir un continent d'images inédites qui nous feront patienter jusqu'à la sortie du Don Quichotte enfin reconstitué.

Le film commence par une scène où Orson Welles fait sortir un canard d'une bassine vide, métaphore du Welles magicien. C'est l'actrice et la compagne du cinéaste, Oja Kodar, qui nous sert de guide. On voit le retour du maître à Hollywood en 1975, où on lui décerne un Life Achievement Award.

L'ex-enfant prodige de la radio et du cinéma vit alors sur ses cachets d'acteur et de spots publicitaires. Il confie que cet argent lui sert à produire des films, preuve qu'il est bien fou. Il a encore l'espoir de sortir The other Side of the Wind, un film produit par le beau-frère de l'ex-shah d'Iran. Ce film, presque terminé, qui raconte la vie d'un vieux metteur en scène interprété par John Huston et parle d'un film à l'intérieur du film, est aujourd'hui considéré comme définitivement perdu. Mais Oja Kodar affirme que Welles a travaillé à une douzaine de films. Pour nous mettre en appétit, elle nous montre la bande annonce inédite de F for Fake (Vérités et mensonges), éblouissante d'images éclatées, de sons qui se chevauchent, de tours de magie.

Le plus difficile reste de trier dans les centaines de boîtes que Welles a laissées. On passe d'un film où il s'auto-interviewe à plusieurs années d'intervalle à un récitatif fabuleux du Moby Dick de Melville. Partout où il allait, une valise remplie de rushes et une table de montage le suivaient. Voici un portrait humoristique de Winston Churchill en ombres chinoises, un documentaire sur les pâtisseries viennoises... Et un autre film presque terminé, The Deep, interrompu par la mort de l'acteur principal, Laurence Harvey. La scène se passe sur un yacht avec Jeanne Moreau et Oja Kodar. Un bateau fantôme glisse sur la mer. Un survivant rame vers le navire...

Ce qui frappe dans tous ces extraits, ces essais plus ou moins inachevés, c'est une manière de filmer ultra-classique, comme si Welles voulait tourner le dos au baroque éclaté de ses premières années. Quand il se filme en Shylock, récitant le monologue du Marchand de Venise, c'est un éblouissement d'émotion à l'état brut et Orson Welles en pleure, authentiques larmes plus belles que tous ses tours de magie.

On le verra encore dans un Muppett Show, puis dans un extrait de The Dreamers d'après Isak Dinesen, alias Karen Blixen, qu'il vénérait. Il fit même le voyage à Copenhague pour la voir, mais prit la fuite juste avant la rencontre. Au terme de ce documentaire, on a l'image d'un Welles plus tendre, s'essayant à des essais de films. Mais il faudra attendre encore longtemps pour que l'oeuvre inédite de Welles soit pour accessible et qu'on puisse la juger.

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