quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Arte, samedi, 21h45. Le photographe Claude Dityvon dans Metropolis. Les cadrages attentifs de Dityvon.

03/02/1996 à 01h47

SKORECKI Louis

Au sommaire de Metropolis, le magazine culturel de Pierre-André Boutang et Dominique Rabourdin, dix minutes se détachent. Consacrées à l'exposition Dityvon sur «L'homme et la ville» à la mairie de Vitry, elles nous rendent plus familier l'un des très grands photographes contemporains, homme discret et secret, tout en glissant sur quelques-unes de ses plus belles photos.

Deux silhouettes avancent dans la nuit noire, capturées par un objectif attentif. On est dans un univers romanesque, souligné par le second cliché, celui d'un homme dont l'ombre se détache à travers une porte ouverte. Beaux contrastes, noirs inexorables, blancs lumineux. Une contrebasse discrète nous accompagne. La caméra glisse sur un autre cliché d'un personnage à contre-jour.

Dityvon apparaît, déguisé en détective privé. Pourquoi cet imperméable trop neuf, ce feutre vissé sur la tête? Contrairement à beaucoup de photographes, tel Depardon, qui font tout pour devenir invisibles, Claude Dityvon affirme sa présence à l'oeil nu, avançant démasqué vers les gens qu'il attrape avec son appareil photo. D'une voix off, il date l'image, jeudi 28 septembre 1995, le jour où l'idée de faire une exposition sur l'homme et la ville vient à l'un de ses amis. «Je déambule, je cherche la réalité mobile et fugace.» Dityvon parle une langue prudente, écrite, pensée. Image d'un homme pris dans une immense perspective.

On passe au lundi 9 octobre. Le photographe est chez lui, il a délaissé son accoutrement de gangster de l'image. Il doit faire un premier choix parmi plus de 250 tirages. Il examine ses planches contact à la loupe. Il lui arrive de retrouver une photo dix ou quinze ans après l'avoir prise. Une trompette accompagne cet homme au travail, c'est Miles Davis dans la musique d'Ascenseur pour l'échafaud.

Dans sa voiture, Dityvon raconte comment il est sur le qui-vive, prenant ses photos dans l'urgence. La caméra glisse sur deux silhouettes perdues dans une immensité de béton: une jeune fille, un groupe d'ouvriers. Dityvon explique comment il s'intéresse au peu, à ce qui est entre les choses: une émission de France Inter sur Nathalie Sarraute lui permet de mieux décrire son travail. Il veut parler du silence, du rien. Sur un cliché qui attrape de jeunes enfants, Dityvon évoque sa jeunesse à La Rochelle, la différence entre les classes sociales, ses souvenirs d'anonymat, de différence.

Dityvon s'avance dans le noir, confiant ses difficultés à photographier le quartier. Le 15 novembre, il évoque son angoisse permanente, son coeur qui se serre alors qu'il fait beau. Le 20 décembre, il voit les premiers tirages que Philippe a fait pour lui. «C'est mon premier spectateur, il joue de la gamme des gris comme dans une partition musicale.»

Pour Dityvon, photographier est un acte ultime. Au tirage, comme une caresse, il déplace les noirs. On le suit encore dans un parking désert. Un homme arrive, qu'il photographie sans se cacher. Des phrases d'Ici lui reviennent en mémoire, où Nathalie Sarraute parle à sa place du très léger vacillement, de la tiédeur. Quelques silhouettes en perspective viennent rappeler le génie si simple de cet homme de l'ombre, photographe de l'absolu et du définitif.

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