segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Au début était un «ravissant lapin»

LOUIS SKORECKI 5 AOÛT 2002 À 00:34

Le photographe André de Dienes a révélé Norma Jean Baker.

Elle a 19 ans quand elle entre dans sa chambre, au jardin d'Allah, à Hollywood. Elle ne s'appelle pas encore Marilyn Monroe mais il s'appelle déjà André de Dienes. Né en 1913 en Hongrie, machiniste d'opérettes à Budapest à 15 ans, il est remarqué à Paris au milieu des années 30 par le capitaine Edward Molyneux, alors qu'il photographie des statues dans un jardin public. Molyneux lui propose de devenir le photographe attitré de sa maison de couture. Dienes travaille ensuite à New York pour Vogue et Harper's Bazaar, s'essayant aussi à des clichés plus réalistes, plus personnels, sur les Noirs de Harlem, de Louisiane, d'Alabama, et aussi sur les derniers rituels des dernières tribus indiennes.

Livre-souvenir. Quand il débarque à Hollywood, il est déjà le photographe des stars. Des belles filles, il en a photographié des dizaines. Il tombe instantanément amoureux de la jeune Marilyn. «Elle portait un pull rose pâle moulant, je m'en souviens comme si c'était hier. Elle avait noué un ruban rose dans ses cheveux. Avec son teint frais et ses yeux bleus, elle me faisait penser à un ravissant lapin de Pâques.» Dienes pense davantage à coucher avec Marilyn qu'à la photographier. Il fera les deux, pas forcément dans l'ordre qu'il préfère. Après tout, le Transylvanien est un gentleman. Ils seront amants, fiancés, à deux doigts même de se marier. Elle préférera la gloire rapide aux aventures privées en forme de road movie que lui offre son Pygmalion, le premier à l'avoir photographiée sur le chemin de la gloire, le premier à l'avoir immortalisée aux yeux du monde.

Il faudra patienter une dizaine de jours, l'objet n'est pas encore paru, pour s'offrir l'André de Dienes/Marilyn (Taschen), intégrale des souvenirs du photographe et surtout de ses photos, la plupart inédites, sous forme d'un livre à tirage limité, aussi indispensable et superflu, flashy et luxueux, que le Billy Wilder's Some Like It Hot paru l'an dernier chez le même éditeur et encore plus cher (200 euros). Si le livre-souvenir de Certains l'aiment chaud valait surtout pour le fac-similé des dialogues du film, un adorable petit carnet que trimballait partout Marilyn et sur lequel elle avait griffonné ses remarques personnelles, André de Dienes/Marilyn offrira au lecteur un autre fac-similé, tout aussi irrésistible, celui du journal intime du photographe, tapé à la machine, avec les fautes, les ratures, les corrections à la main, délicieux souvenir des séances de séduction mutuelle des deux jeunes amants. Dienes n'a que dix ans de plus qu'elle. Ils sont heureux. Ils s'aiment.

Avant de quitter son Pygmalion, avec lequel elle demeurera toujours amie, Marilyn l'accompagnera comme il le souhaite à travers les paysages arides ou pittoresques du Far West. On se rend compte de l'immense tendresse du photographe, qui sait que la jeune Marilyn dort beaucoup (elle adore ça, ce qui lui évite aussi d'être malade en voiture), à sa manière de raconter comment il a aménagé la grosse Buickmaster, installant à l'arrière «un épais matelas en caoutchouc mousse, recouvert de couvertures et d'un tas d'oreillers pour qu'elle puisse y dormir pendant les longues heures de route». Dienes appelait ça «sa petite cage».

Voyage et siestes. Marilyn riait comme une gamine amoureuse quand il lui disait : «Tu seras mon esclave, ma prisonnière.» L'amant attentionné a aussi prévu un panier à provisions et des Thermos de café. «J'avais aménagé le siège avant avec des coussins contre la porte pour qu'il soit le plus confortable possible.» Le voyage peut commencer, un merveilleux voyage d'amour : c'est ainsi que naissent les légendes hollywoodiennes. Andor Ikalfavi De Dienes n'est peut-être pas le plus grand photographe du monde, mais ces photos-là valent de l'or. Elles sont la vie même.

SKORECKI Louis

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