segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Baby Doll

LOUIS SKORECKI 20 JUIN 2002 À 00:01

Cinétoile, 0 h 40.

Elle est mignonne, la petite. Tellement mutine qu'on se demande, des fois, si ce ne serait pas un garçon. Les filles ne sont pas comme ça. C'est même un principe génétique, une hypothèse théorique minimale, que de considérer que les filles, toutes les filles, sont gentilles. C'est ce qu'on pense ici, et rien ne nous fera changer d'avis. Elles sont dans le réel, non ? Les vicieuses («Vicious, you hit me with a flower», chantait l'autre, du temps où il était à moitié fille), ce sont toutes des garçons. Allez, on répète : les vicieuses, ce sont toutes des garçons. Pour Tennessee Williams, pas de doute, Baby Doll est un homme. Pour Kazan, c'est une autre paire de manches. Il aimait les filles, le vieux. Jeune, déjà, c'était un baiseur de première, un Onassis de la mise en scène. Barbara Loden était belle comme le jour, mais les autres, toutes celles qu'il a épousées, séduites ou abandonnées, c'était aussi les plus belles. Il n'était fidèle ni à ses idées, ni à ses maîtresses, le Grec. Turc ou grec, il était quoi, au fait, Kazan ? Un Grec de Turquie, qu'il disait, au son du rebetiko, cette musique de bordel, plus juive que juive. Un métèque, un génie fourvoyé, un traître.

Avec Carroll «Baby Doll» Baker, la caméra fait des allers-retours, elle se permet des caresses interdites. Elle est vierge ou pas, la petite ? Allez savoir, avec les filles. Ce qui est sûr, c'est que le petit garçon de Tennessee Williams, là, c'est devenu une fille. Elle aguiche, elle suçote, elle miaule. Deux hommes, un violeur matois (Eli Wallach), un mari cocu (Karl Malden), amoureux fous d'une fillette à déflorer d'urgence. Ça, c'est ce que dit la caméra de Kazan à la fillette alanguie. Ouvre-moi les cuisses, petite. C'est ce qu'elle dit, la caméra. Avec gros effets languissants, elle soupire, elle râle. La fillette miaule, la caméra transpire. Faut dire que Kazan ne fait pas dans la dentelle. Il n'est pas du genre subtil, le Turc. Derrière la caméra, heureusement, il y a un autre homme qui regarde la petite fille. C'est Boris Kaufman, le frère méconnu de Jean Vigo, maître des lumières de l'Atalante et de la Fièvre dans le sang. Comme James Wong Howe (Pursued, Adorable Voisine), Boris Kaufman est l'un des très rares chefs opérateurs de génie du cinéma hollywoodien, ce qu'on appelle un auteur. Il n'y en a pas des tonnes. Il sait que les femmes, toutes les femmes, sont gentilles. Il sait aussi que le cinéma, c'est juste une jolie lumière sur les fesses d'une jolie fille.

SKORECKI Louis

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