quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Bad Lieutenant. Paris 1re, 22h25.

04/03/1997 à 23h56

SKORECKI Louis

Il y a autour du dernier film d'Abel Ferrara, Nos funérailles, une unanimité critique qui fait symptôme. La rediffusion de ce Bad Lieutenant de 1992 devrait éclairer la figure singulière de cet artiste qui s'avance masqué, auréolé d'une réputation déjà «mythique» de drogue, série b, démesure. Autant il se confirme, rétrospectivement, que Ferrara s'inscrit dans la tradition violente du petit film d'auteur (Fuller) bricolé avec quatre sous (Joseph H. Lewis), autant une autre généalogie se présente. Celle de l'immigré italien, nerveux, inventeur de formes, le très médiatisé Martin Scorsese. Ce n'est pas un hasard si Ferrara «emprunte» à Scorsese l'acteur fondateur de son cinéma, Harvey Keitel. Dans Bad Lieutenant, il est un flic speedé, défoncé à mort, désespéré. C'est dans la reconstitution d'une famille imaginaire (ou présente sous forme de clan junkie), que Ferrara emprunte à Scorsese. A l'auteur de Mean Streets, il vole aussi une conception un peu anarchiste de l'homme seul à l'intérieur même de ses «familles», les drogués, les parieurs, les flics. Si on oublie les emprunts à Scorsese, Cassavettes, John Woo, et surtout aux trames traumatiques des meilleures séries télé urbaines (Capitaine Furillo), force est de constater que l'hyperviolence stylisée de Ferrara se tient. A la fois macho («T'as déjà sucé une queue», demande frénétiquement Keitel à l'adolescente devant laquelle il se branle férocement) et tendrement respectueux des images de la femme (ici les très sulpiciennes «apparitions» d'une nonne violée), Ferrara met en scène un désespéré solitaire dont les aventures sillonnent New York de leurs signalisations accélérées. Froidement distancié devant les séances où Keitel se shoote avec une camée frigide, Ferrara s'implique surtout dans la nudité (au sens propre) de son héros déboussolé, accompagné par la très jolie ballade rock de Johnny Ace, Pledging My Love, essayant de retrouver son équilibre sur ces paroles sentimentales et sirupeuses, I'll forever love you/For the rest of my days.

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