segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Bataille sans merci. France 3, 20h55.

24/11/1997 à 12h41

SKORECKI Louis

Rock Hudson a eu deux maîtres, l'élégant Douglas Sirk et le méconnu Raoul Walsh (passons vite sur Howard Hawks qui ne l'a dirigé que dans un seul film, le génialement ironique Sport favori de l'homme). Remarquable dans ce magnifique Gun Fury (Bataille sans merci) de 1953, Hudson tourne la même année dans deux autres chefs-d'oeuvre de Raoul Walsh, The Lawless Breed (Victime du destin) et Sea Devils (la Belle espionne). Outre ses splendides mélodrames sirkiens comme Ecrit sur du vent ou La ronde de l'aube, Rock Hudson doit tout à cette trilogie walshienne admirable, une trilogie de l'aventure et de l'amitié virile, de l'amour et de l'exaltation, du bruit et de la fureur toute shakespearienne. Avec Walsh, Hudson apprend à se taire, à composer avec le silence et l'héroïsme garycoopérien de ses personnages, à tanguer avec les vagues, à laisser venir le roulis. Impeccable dans les drames humains épiques, des scénarios qui sont comme tramés par un imaginaire à la Robert Louis Stevenson, il sait faire de sa vie un joli coup de poker et de ses conquêtes, femmes, bateaux, juments, de belles montures.

Rock Hudson s'appelait en réalité Roy Scherer, et sa gloire tout à fait culturelle ne lui vint qu'après ses aveux post-sida sur une homosexualité bien réelle, masquée pendant des années par des rôles de Peau-Rouge courageux ou d'amant midinette de la célèbre Doris Day, actrice polochon avec laquelle il forma longtemps le couple le plus célèbre et le mieux payé de tout Hollywood. C'est sans doute Walsh, quelques années avant Sirk, qui lui donna ses premiers vrais rôles consistants. Plus inexpressif que Clark Gable ou Errol Flynn, il sut, grâce à ce directeur d'acteurs méconnu que fut Raoul Walsh, s'épanouir pleinement dans l'autisme stylistique et la fureur rentrée. Moins flamboyant que dans the Lawless Breed, Hudson est dans Bataille sans merci beau comme un roc. Impassible et musculeux, il promène ses deux mètres impossibles dans de jolis décors technicolor qu'il rehausse de son joli sourire éternellement niais.

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