quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Canal+, dimanche, 12h35. Court-métrage: «It's Not Just You Murray!»Martin Scorsese, comme un collégien.

Par Louis SKORECKI — 29 juillet 1995 à 06:43

Canal+, dimanche, 12h35.

Un siècle en courts est une initiative bienvenue qui réunit une pléiade de courts-métrages souvent signés par des réalisateurs prestigieux.

Le film vedette d'aujourd'hui est le second court métrage de Martin Scorsese. Après avoir signé What's a Nice Girl Like You Doing in a Place Like This? en 1963, il réalise l'année suivante ce It's Not Just You Murray! qui se signale d'emblée par son non-conformisme. C'est une ronde grimaçante entre deux personnages sortis tout droit de bandes dessinées, Murray, joué par Ira Rubin, et Joe qu'interprète Sam de Fazio. La propre mère de Scorsese incarne un rôle de mamma envahissante.

Le personnage de Murray joue avec la caméra, s'approchant pour détailler ses vêtements tout en donnant le prix de tout ce qu'il a sur le dos, fait un clin d'oeil à la caméra, on est dans une farce sautillante et grinçante. Le style heurté et baroque de ces confessions policières n'annonce pas le néo-réalisme yankee de Who's That Knocking at My Door (1969), Boxcar Bertha (1972) ou Mean Streets (1973), les trois premiers longs-métrages de Scorsese. En fait, il faudra attendre the King of Comedy en 1983 pour retrouver un peu du climat pince-sans-rire de It's Not Just You Murray!

Martin Scorsese a 22 ans quand il réalise cette variation douce-amère sur les relations entre deux hommes, dont on ne sait jamais ce qui est vrai ou imaginé. Le héros dérisoire interpelle la caméra: «Coupez! Je suis Murray. Comment j'en suis arrivé là? Je dois tout à mon ami Joe.» Et Joe se présente aussi à la caméra, introduisant un dialogue entre les deux amis qui est un affrontement de plans.

Echange de banalités («Vivre bien, c'est voyager», «Ma mère me disait souvent: Murray, mange d'abord»), qui annonce enfin l'essentiel: «Joe m'a mis sur les rails du business». On voit des plans brefs du jeune Murray quand il avait encore des cheveux, on comprend qu'il fait de la contrebande d'alcool. Faut-il vraiment croire à cette histoire qui se teinte d'absurdité et devient un mélange de slapstick et de comédie des Marx Brothers? Murray est en prison, il mange des spaghettis à travers un grillage, il chante comme un crooner une chanson dérisoire, Love is Like a Gazelle.

Infirmières érotiques en parodie de Busby Berkeley, Murray qui refuse de répondre à l'avocat général lors de son procès. Joe est-il son ami ou son ennemi? Serait-il le vrai père de ses enfants? Sur une musique qui rappelle Kurt Weil, tout se succède en images dérisoires, une vraie farandole de zooms qui n'en finissent plus.

Trahisons, mensonges, tout se précipite vers cette non-conclusion abrupte qui nous laisse pantois. C'est un joli jeu d'artifice, une farce de collégien, un beau film de débutant.

Louis SKORECKI

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