segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Celui par qui le scandale arrive

LOUIS SKORECKI 8 FÉVRIER 2002 À 22:06

TCM, 0h25.

Réévaluer deux Minnelli jumeaux à une semaine de distance, Celui par qui le scandale arrive et Comme un torrent, c'est inévitablement les comparer avec John Ford, l'autre grand cinéaste qui squatte TCM en ce moment. On s'est amusé à opposer l'autre jour Comme un torrent à Rio Bravo. La supériorité du western terminal hawksien sur le sublime mélo minnellien est évidente. Vincente Minnelli, un maillon important de la chronologie hollywoodienne, ne fait pas meilleure figure face à John Ford. Ford, Minnelli, le hiatus est de taille. Un muet, un inverti. Un militaire, un danseur. Père et fils d'une certaine tradition, la plus conservatrice, la plus lourde. Deux esthètes décalés, reconnus par la profession comme les maîtres d'un genre (le western, le musical), et qui excèdent évidemment ces limites. Deux cinéastes qui ne sont jamais là où on les attend.

Minnelli, c'est l'éblouissement musical et sentimental, la chorégraphie d'affects la plus torturée et la plus gracieuse qui soit. Plus encore que dans ses chefs-d'oeuvre musicaux (Tous en scène, Brigadoon, le Chant du Missouri), il y a dans ses films «sérieux» les plus achevés (The Clock, Thé et sympathie, la Toile d'araignée), une force d'introspection et un lyrisme qu'on ne trouve que rarement dans le cinéma commercial, même à l'âge classique. Comme un torrent, sans doute le plus beau Minnelli, débarque en 1959, au moment où le cinéma bascule dans l'ironie, où les documentaristes d'eux-mêmes que sont au fond les grands cinéastes hollywoodiens installent un je-ne-sais-quoi de distance et d'incrédulité. Seul un fil imperceptible, une fêlure, empêche Comme un torrent ­ mais aussi Rio Bravo, la Prisonnière du désert, Autopsie d'un meurtre ­ d'être des films parodiques à l'imitation de la vie. Celui par qui le scandale arrive (Home from The Hill) suit de quelques mois à peine Comme un torrent. C'est le temps du baroque, le temps où l'artiste signe l'oeuvre d'un geste rageur. Décors somptueux, mouvements décomposés, travestissements sentimentaux. Minnelli filme avec une sensualité butée le corps de Robert Mitchum auquel sa femme (Eleanor Parker) se refuse. Il a fait un enfant à une autre, un bâtard. Elle ne pardonne pas. L'attention de Minnelli se concentre sur la fureur rentrée de Mitchum, sa manière seigneuriale de poser près de sa cheminée monumentale, de caresser ses chiens, d'espérer de sa femme une caresse qui ne vient pas. L'amour, c'est toujours ce qui se fait attendre.

SKORECKI Louis

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