quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Ciné Cinéfil. 21h55. L'Homme du jour.

Par Louis SKORECKI — 1 février 1996 à 01:52

Ciné Cinéfil. 21h55. L'Homme du jour.

Avec quelques autres, Julien Duvivier a souffert d'être classé par les cinéastes de la Nouvelle Vague parmi ceux que Truffaut appelait les réalisateurs de la qualité française. Coupables d'académisme et de lourdeur, ils empêchaient l'éclosion d'un nouveau cinéma. Mais à la revoyure, Duvivier a tout d'un auteur: une manière sèche et lyrique de cerner ses personnages, une caméra qui fonce sur les acteurs pour mieux cerner leurs limites, un pessimisme à toute épreuve.

Dans la carrière de Duvivier, l'Homme du jour, qu'il réalise en 1936, n'est pas le film le plus inoubliable. C'est une histoire écrite sur mesure pour Maurice Chevalier qui la mène avec entrain. Il joue Alfred Boulard, un électricien qui rêve de devenir chanteur. A une audition, il chante Y'a d'la joie avec une belle énergie mais pour personne car le metteur en scène et son assistant ont quitté la salle avant qu'il ne commence. Il est donc remercié sans avoir été entendu.

Sa chance, Alfred Boulard va la saisir quand il se propose pour donner son sang pour sauver «la Mistinguett de la tragédie», Mona Thalia, interprétée avec exubérance par Elvire Popesco. Elle vient d'avoir un accident et Alfred se laisse transfuser avec enthousiasme. «Ah, je sens que je me vide», s'écrie-t-il avec bonheur. Remercié par le mari de la tragédienne, François Théophile Cormier de la Creuse (Alerme), il est photographié à sa sortie de l'hôpital et son portrait est reproduit à la une de tous les journaux. Le voilà l'homme du jour.

On le reconnaît dans la rue, on lui serre la main, on le félicite. Quant à Mona Thalia, elle lui donne dix mille francs et promet de faire de lui un tragédien. A un dîner, Alfred chante Ma pomme et Duvivier en fait un vrai petit clip, avec inserts du chanteur en casquette au bistro. On le filme pour les actualités et on l'interviewe pour la radio. Même sa petite amie, Suzanne (Josette Day), remarquée par Cormier de la Creuse, s'apprête à débuter au music-hall.

Le film se termine par une rencontre entre Alfred et le vrai Maurice Chevalier et Duvivier s'amuse à filmer Chevalier en duo avec lui-même, chantant Prosper. Quant à Alfred, il retrouve sa Suzanne pour un happy-end en chanson.

Louis SKORECKI

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