quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Ciné Cinémas. 23h50. Les Folles Années du twist.

11/03/1996 à 02h54

SKORECKI Louis

Terminé fin 1982 et sorti seulement en 1985, les Folles Années du twist est sans doute la meilleure comédie algérienne de ces vingt dernières années. C'est aussi un véritable documentaire sur la réalité quotidienne de la guerre pour l'indépendance. Mahmoud Zemmouri avait déjà tourné Prends 10.000 balles et casse-toi mais c'est seulement avec les Folles Années du twist que son style, très proche des comédies italiennes de la grande époque, trouve son aboutissement.

Imaginez entre 1960 et 1962, dans une petite ville d'Algérie, deux copains loufoques, teenagers allumés qui ne vivent que pour le rock. Lunettes noires, chemises à carreaux (bleus ou roses, c'est selon les jours), démarche rocky , jeans reprisés, air convenablement crétin. Autour d'eux, des clans se forment. Parmi les commerçants arabes, il y a ceux qui soutiennent ouvertement le FLN, d'autres qui se réfugient derrière une neutralité embarrassée, et toute une gamme d'attitudes intermédiaires. De l'autre côté, la communauté pied-noir, avec une majorité de partisans de l'Algérie nettement française (le film commence peu de temps avant le discours de De Gaulle et l'insurrection de l'OAS). Entre les deux, les militaires, avec à leur tête le désopilant (et fanfaron) Jacques Villeret, surnommé «John Wayne». Un détail, d'importance, qui explique que le film ait dû tellement attendre sa sortie: nos deux rockers crétins, vrais Blues Brothers de bande dessinée, sont algériens.

Impertinence, drôlerie méditerranéenne, les Folles Années du twist possède en plus une bonne santé cinématographique qu'on chercherait en vain chez les maîtres de la comédie italienne, en pleine débandade esthético-économique.

Sur des airs de Richard Anthony, Malik Lakhdar Hamina (le mignon Boualem) et Fawzi B. Saïchi (le bossu Salah) se démènent comme de beaux diables. On aperçoit fugitivement Jean-Pierre Sentier, et Richard Bohringer joue le rôle de monsieur Gomez, un pied-noir qui cultive des oranges et mène ses paysans arabes par le bout du nez. Zemmouri prend soin de dater chacune des parties du film, ce qui lui donne accessoirement l'allure d'une vraie leçon d'histoire.

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