domingo, 23 de agosto de 2015

Comme un torrent

LOUIS SKORECKI 20 DÉCEMBRE 2002 À 02:13

TCM, 20 h 45

Donen un jour, Minnelli le lendemain, c'est le cinéma de l'émotion et du rouge aux joues. Dansé, chanté, porté à bout de bras par des sentiments exhaustifs, il est d'autant plus violent, ce cinéma-là, qu'il s'éloigne des chorégraphies de la comédie musicale pour s'attarder sur les mouvements de l'âme, les élans du coeur. C'est parce que Comme un torrent ne chante pas qu'il enchante le cinéphile. Le cinéphile est maladroit, c'est bien connu. S'il s'avise de chanter, il chante faux. Les histoires d'amour lui tournent la tête. Qu'elles finissent bien ou qu'elles finissent mal, il ne s'en remet jamais. Julia Roberts dans Pretty Woman, Shirley McLaine dans Comme un torrent, ce sont des créatures cinéphiles, des femmes faciles de cinéma. Ce n'est pas un hasard si, cinq ans après la sortie de Comme un torrent, Jean-Luc Godard, le cinéphile ultime, fait balancer le film dans la mythologie en inventant, pour son Mépris, le personnage de l'âne Martin, en écho à celui de Dean Martin et de son Stetson immaculé qui ne le quitte ni quand il fait l'amour, ni quand il prend son bain.

Dans les grands mélos minnelliens des années 50, la Toile d'araignée, Thé et sympathie, Comme un torrent, le manque d'amour transpire derrière chaque plan, réduisant le Cinémascope à des dimensions presque humaines. Débauche de musique expressionniste (Elmer Berstein), de couleurs impressionnistes (William Daniels), d'émotions lyriques et effrénées : Comme un torrent culmine en tragédie bon marché, transcendée par la violence des affects et des désirs. C'est un vrai ballet, chorégraphié en mouvements plus grands que la vie, dans lequel les répliques fusent comme des paroles de chansons, celles du Sinatra des années Capitol, évidemment. Au fait, ce film est-il un navet ou un chef-d'oeuvre ? Que faire quand on se retrouve avec un petit animal en peluche en guise de sac à main entre les doigts ? Le cinéphile n'hésite pas. Il sait depuis tout petit que toutes les femmes s'appellent Shirley McLaine.

SKORECKI Louis

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