terça-feira, 25 de agosto de 2015

Cop

LOUIS SKORECKI 11 MARS 2002 À 22:33

Un auteur de polars, genre tombé en désuétude depuis le milieu du siècle dernier, me conseillait récemment (je cite de mémoire) d'aller jusqu'au bout «de mes idées», et de dire une bonne fois pour toutes que le cinéma... était mort. Faudrait d'abord prendre «le cinéma» avec le même sérieux que ce monsieur. Faudrait surtout ne pas voir la capacité infinie de ce «cinéma» à s'autoféconder, à s'autoreproduire en autant de formes mineures, à commencer par le cinéma en ce qu'il a, et qu'il aura toujours, d'ignoré, d'obscur, de méprisé ­ la télévision. Sans chercher très loin, dans la musique par exemple, il existe des formes infiniment plus mortes que le cinéma, le jazz en particulier, abstraction virtuose vidée de son sens depuis le lyrisme free des années 60 ­ et qui n'est plus qu'un vague prétexte à improvisations gangsters pour crétins du troisième âge. Le cinéma, par le nombre de ses spectateurs, par leur bêtise (on n'a pas dit connerie, attention), trouve toujours en lui-même de quoi se survivre. De là à dire qu'il est éternel, comme les dévideurs mentaux de la dévédéphilie semblent le penser, il y a un pas qu'on ne franchira pas.

Cop est un film vivant. La différence entre un mort et un vivant, c'est que l'un est mort et l'autre vivant. C'est tout. C'est la différence entre Stanley Kubrick, né le 26 juillet 1928 à New York, et James B. Harris, l'auteur de Cop, né aussi à New York en 1928, une dizaine de jours après son futur partenaire. Ils ont 25 ans quand ils se rencontrent. Deux ans plus tard, Harris produit le premier Kubrick, le Baiser du tueur, un thriller attachant, hustonien, expérimental. Suivront les Sentiers de la gloire et surtout Lolita, les plus belles larmes d'homme de l'histoire du cinéma. A 33 ans, les deux associés se séparent, laissant derrière eux quelques projets inaboutis (dont un scénario original de Jim Thomson).

Pendant que Kubrick se déguise en homme sandwich pour un cinéma de plus en plus pompeux (se préparant à l'immortalité ­ donc à la mort), James B. Harris tourne. Il tourne peu mais il tourne. Cop (1987) est un grand film dégingandé, qui pratique l'art de la dérision dans un style épuré, ultra classique, d'une belle mollesse frontale. Sur un scénario signé James Ellroy, Harris produit une image nettoyée, lavée de toute arabesque, vierge de toute musique, alignant sans dramatisation inutile une série de meurtres sauvages et répétitifs. Acteur et producteur, James Woods est le héros/crooner de cette chanson filmée, belle ballade noire avec quelques curieux pressentiments télé: NYPD Blue, X Files, etc.

SKORECKI Louis

Cop RTL 9, 20h45.

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