terça-feira, 25 de agosto de 2015

Cop

LOUIS SKORECKI 7 JUIN 2001 À 01:10

13e Rue, 20 h50.

La différence entre un mort et un vivant, c'est que l'un est mort, l'autre non. C'est le genre de détail qui différencie Stanley Kubrick, né le 26 juillet 1928 à New York, et James B. Harris, qui signe ce très beau Cop, né lui aussi à New York en 1928, une dizaine de jours après son futur partenaire. S'il met ses pas dans ceux d'un Oliveira, il peut espérer tourner encore une vingtaine d'années, parfaitement synchrone avec les rééditions collector des classiques de Kubrick (la palme à 2001: l'Odyssée de l'espace qui ressort en coffret/lingot avec un morceau de film, comme un hologramme de la cuisse de son créateur). Harris et Kubrick ont 25 ans quand ils se rencontrent. Deux ans plus tard, c'est l'aventure du Baiser du tueur, un premier film attachant, hustonien, expérimental. Suivront les Sentiers de la gloire et surtout Lolita. Les deux associés ont alors 33 ans, l'âge auquel d'autres choisissent de partir pour des cieux plus cléments avec un art de la réclame oublié. Parmi les projets inaboutis du duo new-yorkais, One Eyed Jack (que Brando réalisera) et un scénario original de Jim Thompson, un scénario perdu. 38 ans plus tard, couvert d'honneurs, un peu reclus, quand même, Stanley Kubrick sent une drôle de douleur dans la poitrine. Quand on sent ce genre de douleurs, c'est généralement trop tard. C'est trop tard.

Pendant ce temps-là, James B. Harris tourne. Il tourne peu mais il tourne. Cop est un grand film dégingandé, qui pratique l'art de la dérision comme les classiques du film noir qui l'ont précédé. En racontant l'histoire du sergent Lloyd Hopkins (génial James Woods, coproducteur du film), Harris s'attache surtout à une fillette éduquée à coup de sales histoires de travelos violés, tout un passé traumatisé qui reflue en vrac. Avec un art étonnant de l'image nettoyée, lavée de toute arabesque, Harris s'essaye à la formidable mollesse d'un style épuré, vierge de toute musique, se concentrant sans dramatisation inutile sur des meurtres sauvagement répétitifs. Grâce à quelques acteurs étonnants (Lesley Ann Warren, Charles Haid, un ancien de Captain Furillo), Cop restitue sans forcer la hantise répétitive du meurtre en série. Sur une trame romanesque signée James Ellroy, James B. Harris piste, avec un art subtil de la déception monochrome, 15 ans de meurtres rituels, non sans évoquer l'un des meilleurs épisodes de X Files sur un assassin qui dévore le foie de ses victimes une fois tous les 33 ans.

SKORECKI Louis

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