domingo, 23 de agosto de 2015

Coup de torchon. CINÉ CINÉMAS, 22H35.

SKORECKI Louis

Bertrand Tavernier, dont le délicieusement fiévreux Coup de torchon déboule en prime time tardif, est l'un des cinéastes les plus intéressants de ces vingt dernières années. Sans grand risque de se tromper, on peut dire que son accession au métier de cinéaste a coïncidé avec le déclin d'un autre métier tout aussi glamour, celui de critique de cinéma. Formé à l'école hollywoodienne, via le Mac Mahon, le Nickel Odéon, le Ciné QuaNon, autant de chapelles fébriles où on s'assommait à la fin des fifties à coup de chefs d'oeuvre encore heureusement méconnus, Tavernier va, très jeune, se lancer dans un métier dont on ne connaissait même pas encore le nom: celui d'attaché de presse. Après de très bons articles, plutôt positifs, dans Présence du cinéma (belle revue conservatrice où officiaient trois autres futurs «press officers» aussi doués que lui, Pierre Rissient, Simon Mizrahi et Marc Bernard), Tavernier met sa connaissance encyclopédique du cinéma américain, tout comme le faisaient depuis des lustres les attachés de presse US, au service d'impeccables et maniaquement cinéphiles dossiers de presse, pour le compte de majors américaines. Par la même occasion, il mâche un peu le travail aux ciné-critiques un rien paresseux, qui ne demandaient précisément que ça. On peut dire que le métier de ciné-journaliste vient presque de mourir à l'aube de ces années 60 qui avait déjà vu disparaître le cinéma des grands studios, condamnés à se reconvertir, avec un certain panache d'ailleurs, aux grandes séries télé hollywoodiennes.

Si Tavernier est un cinéaste intéressant, c'est qu'il a la même modestie, dans son filmage comme dans ses projets, plutôt heureusement hétéroclites, que dans son activité de ciné-critique-attaché de presse. Patient, attentif, lyonnaisement lent, il se repose toujours sur l'art d'acteurs consommés, comme son Philippe Noiret fétiche. Ainsi ce Coup de torchon, sympathiquement détourné de Jim Thomson pour devenir, quelques bons comédiens aidant, une africaine saga vaguement lasse et vaguement anarchiste.

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