sábado, 22 de agosto de 2015

Edouard et Caroline. Ciné Classics. 22h40.

25/11/1998 à 15h07

SKORECKI Louis

Racontant, au printemps dernier, dans Trafic, ses Aventures de Jacques Becker, Pierre Léon s'arrête au passage avec une belle volupté sur Edouard et Caroline, l'un des films les plus modernes d'un cinéaste étrangement destiné, semble-t-il, à ne jamais se démoder. «Ce que le scénario ne nous dit pas, mais que la mise en scène suggère ingénieusement en chargeant les deux jeunes gens d'une sorte de gravité, voire de tristesse, qui contredit la vitalité du dialogue, c'est que Caroline et Edouard vont subir une épreuve, et ce couple en danger provisoire intéresse Becker au premier chef, tout le reste n'est que décors et costumes, y compris les autres personnages, filmés comme des meubles. Comme d'habitude chez lui, la cause de la déflagration est futile; elle se matérialise à la 32e minute dans la rencontre du gilet d'Edouard, prêté par le "lamentable cousin, Alain (Jacques François), et de la robe de Caroline, retaillée à la dernière mode. Edouard, pourtant réfractaire au monde bourgeois de Caroline et de son oncle, se montre plus académique que l'Académie, et refuse que Caroline porte une robe aussi osée: la dispute qui s'ensuit entraîne le couple au bord du vide, où ils resteront suspendus jusqu'à la fin du film.» Deux ans plus tard, en 1953, après la radieuse parenthèse Casque d'or, Becker tournera Rue de l'Estrapade sur des bases conflictuelles et amoureuses très voisines de celles d'Edouard et Caroline. Par son étrange délicatesse sentimentale, Rue de l'Estrapade, qui passa longtemps pour un petit film, prend aujourd'hui des allures de chef-d'oeuvre. Et si c'était son plus beau film?

Le cinéma de Jacques Becker vient directement, on le sait, de celui de Renoir. Il en est une version vivace, faussement superficielle, authentiquement légère. La lignée se poursuit avec Jean-Pierre Melville, disciple inattendu de Becker à travers son dernier film, qu'il admirait tant, le Trou. Aujourd'hui, seul Jean-Claude Guiguet, peut-être, peut se réclamer de la filière Becker/Melville, mélange de sophistication et de réalisme à la française, à la fois contemporain et désuet. Et après?. Rediffusions: Jeudi 26 à 11h35, vendredi 27 à 20h30, samedi 28 à 9h15, dimanche 29 à 23h40.

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