domingo, 23 de agosto de 2015

Embrasse-moi, idiot

CinéCinéma Classic, 18h30

par Louis SKORECKI

Billy Wilder est un petit maître de l'ironie et du second degré, souvent mordant dans ses dialogues ou dans ses réparties, une sorte de modèle hypocondriaque de Woody Allen, mais la plupart du temps, comme Woody Allen d'ailleurs, la mise en scène ne suit pas. Ça veut dire quoi, une mise en scène qui ne suit pas ? David lève les yeux vers moi, il ne comprend plus. Avant, c'était simple, aujourd'hui, c'est compliqué. Pourquoi c'est compliqué ? me demande-t-il de ses grands yeux étonnés. C'est que le cinéma n'est plus mis en scène, tu vois, petit ? Là, il comprend encore moins. Il faut que je fasse un effort. Comment veux-tu évaluer l'art d'un cinéaste à partir d'un point ou le «cinéma» s'est mis entre guillemets ? Ses yeux s'agrandissent encore. Quand le cinéma n'était pas un art officiel, je dis, on pouvait parier qu'un cinéaste était un artiste, c'était un jeu pour dandy désoeuvré qui en valait un autre, mais aujourd'hui que le cinéma est considéré comme un «art», comment veux-tu continuer à parier sur un cinéaste ?

Si Embrasse-moi idiot est l'un des seuls films réussis de Billy Wilder, c'est que la forme et le fond coïncident, tu comprends ? Les yeux de David me transpercent, il n'est plus là, il n'y est plus pour personne. Dans cette histoire de ménage à trois virtuel, avec un compositeur prêt à vendre sa femme à Dean Martin en échange de quelques chansons, il s'agit d'un amour manqué, comme manque à chaque fois à sa place la mise en scène de Wilder. Ce spécialiste du poster (Certains l'aiment chaud) trouve enfin un scénario assez glissant, assez décalé, pour que ses effets de dialogues tiennent lieu de supplément d'âme. Ca veut dire quoi ? demande David. L'amour n'y est pas, si tu veux, il n'est pas là où on le cherche. Et alors? demande David. Le crooner Dean Martin aime une pute enrhumée, c'est du Lacan. Je n'y suis plus, dit David. C'est signe que tu as compris, petit.

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