quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

En Irlande, l'histoire d'une trahison à la sauce Ford. ""Le Mouchard""

Par Louis SKORECKI — 2 février 1995 à 01:31

Ciné Cinéfil, 19h, film

DANS UNE oeUVRE aussi diverse et foisonnante que celle de John Ford, le Mouchard occupe une place un peu particulière. Réalisé dans une veine très expressionniste, il sort en 1935 et reçoit une fournée d'oscars. Ce classique est pourtant loin d'être le meilleur Ford, mais il est sauvé de la caricature par un sens aigu du pathétique.

L'action se passe en 1920 en Irlande. Gypo Nolan est un colosse dont l'intelligence passe plus par les muscles que par la tête. Joué formidablement par Victor McLaglen, engonçé dans des vêtements trop étroits qui soulignent sa corpulence, il rôde dans les rues de la ville. Une affiche attire son attention. On offre vingt livres pour la capture de Frankie McPhilip, membre de l'IRA en fuite. Ford ne mentionne jamais le nom de l'armée républicaine, il se contente de dire l'«Organisation». Une manière comme une autre de rendre son film plus intemporel, plus universel.

Gypo déchire l'affiche mais le vent l'attire vers lui et elle vient se coller sur ses jambes. Fatalité? Un homme à la voix de fille chante dans les brumes. Avec sa petite amie Katie, Gypo rêve devant l'image d'un bateau pour l'Amérique: le voyage coûte dix livres, vingt livres pour les deux. Sans même s'en rendre compte, Gypo dénoncera son ami McPhilip dans un état second.

Tout l'art de Ford à est de nous faire partager le remords imbibé d'alcool d'un homme au coeur tendre qui croit partir pour l'Amérique avec sa fiancée alors qu'il dépense tout son argent dans les pubs. On est avec le coupable, on vit au rythme haletant de sa fuite impossible. Jusqu'à sa mort, on est avec lui.

Rediffusion: vendredi 3 à 17h15.

Louis SKORECKI

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