terça-feira, 25 de agosto de 2015

Engrenages

LOUIS SKORECKI 13 MARS 2002 À 22:34

Cinéfaz, 0 h 45.

Cinéma, théâtre, ce couple-là ­ contrairement aux diagnostics d'un obsédé de cinéma pur comme Robert Bresson, par ailleurs grand cinéaste, peut-être même le plus grand cinéaste français, le plus influent, même dans des champs inattendus, comme les téléfilms et les feuilletons ­ n'a cessé de faire de beaux enfants. Quinze ans déjà que David Mamet, homme de théâtre célébré à New York pour American Buffalo et surtout Glengarry Glenn Ross, débarquait au Festival de Deauville avec House of Games. Le titre français, Engrenages, dit bien de quoi il s'agit. Son truc, à Mamet, depuis toujours, c'est le mélange entre réel et imaginaire, entre vrais et faux truands, baratineurs et hustlers en tout genre. D'où la réussite au quart de tour d'Engrenages, récit picaresque des amours ultraviolentes ­ et bigger than life ­ entre une psy à succès (Lindsay Crouse) et un truand de haut vol (Joe Mantegna), bien plus habile à percer à jour la psychologie de ses victimes (et de ses amoureuses) que la pauvre psy. C'est une femme rangée, un peu triste, qui se trouve propulsée du jour au lendemain avec un premier best-seller, dans un monde de gagnants qu'elle ne connaît pas.

La structure d'Engrenages est à peu près celle d'After Hours, sorti quelques mois plus tôt, avec ses scènes qui s'emboîtent les unes dans les autres, sans qu'on ait le temps d'en questionner ­ par un bel effet de pure virtuosité ­ la vraisemblance. Plutôt que de jouer, comme dans After Hours, sur la pure énergie de l'histoire (le vide scorsésien, l'entropie), Mamet tente de provoquer une véritable collusion entre le vraisemblable (le réel) et l'invraisemblable (le fantastique, le rêve). Le scénario repose à l'évidence sur le désir du spectateur ­ n'importe quel spectateur ­ de se faire avoir. Vous voulez de la romance? Pas de problème. Vous voulez absolument croire qu'un truand glauque et une intello frustrée peuvent vivre un grand amour? OK, on vous fait ça. Mais quand le réel vous tombe sur le paletot (comme dirait le père Audiard), ne vous plaignez pas si c'est du vrai sang qui vous colle à la peau (comme dirait le fils Audiard dans Sur mes lèvres, superbe film mamétien sur les engrenages du réel et de l'imaginaire). Solidement joué, très documenté (pas un détail qui manque sur la technique et le minuage des escroqueries), Engrenages joue des dérapages langagiers et des lapsus mieux qu'on ne l'avait jamais fait auparavant. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'à la télé (Sessions, les Sopranos), comme au cinéma, Engrenages a fait école. Bonus filles: Joe Mantegna, c'est vraiment Mister Big quelques années avant Sex and the City, non?.

SKORECKI Louis

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