segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Eyes Wide Shut.

11/06/2001 à 01h12

Canal +, 20 h 35.

SKORECKI Louis

Un ou deux ans avant la sortie de Eyes Wide Shut, la rumeur présentait le film comme une étude sur la jalousie paranoïaque. Ce résumé tient la route. Manque un élément, celui du sexe. Comme tous les grands obsessionnels, Kubrick était aussi un obsédé. Obsédé du corps des acteurs, de leurs caresses, de leurs ébats. Mais un juif américain comme Kubrick, américain honteux, juif honteux, ça ne filme pas les corps de ses personnages comme les premiers venus, même si ces personnages, après tout, sont littéralement les premiers venus. Avant eux, rien. Après, pas grand-chose de plus. Sur ce scénario premingerien (l'auteur d'Autopsie d'un meurtre aurait été le seul à pouvoir filmer la nouvelle de Schnitzler comme elle le méritait, avec ce sadisme léger des hypnotiseurs de foire et des tyrans délicats), Stanley Kubrick donne une leçon de virtuosité d'une telle inutilité, d'une telle vacuité, qu'il se retrouve corps et âme du côté de Polanski ou Spielberg, maîtres du commerce strictement marchand. Le meilleur du film, c'est son introduction, urbaine, opératique, vicieuse. Faire d'un appartement new-yorkais une suite viennoise ? Pas de problème, suffit de demander. Faire d'un couple clean, deux créatures buñueliennes, avec l'aplomb et le côté lisse des Buñuel tardifs ? On vous fait ça tout de suite. Musiquer l'ensemble comme un Scorsese publicitaire ? Rien de plus facile. La seule invention de Kubrick, sa seule audace, sa seule idée, c'est de montrer Nicole Kidman, à deux doigts de sortir de chez elle, s'essuyer les fesses avec un Kleenex dans les chiottes les plus propres du monde. S'essuyer les fesses ? Reste à prouver, quand même, que c'est ce qu'elle fait, Nicole.

Une fois qu'on a dit ça, on a dit quoi ? Pas grand-chose, mais c'est peut-être moins con, pour appeler un chat un chat, que tout ce qui se raconte sur ce film terriblement décevant, terriblement primaire ­ même si on n'est pas spécialement kubrickien, on aurait aimé autre chose que ces variations prévisibles sur la mystique échangiste de masse, version élitaire, chic, «secrète». Au fond, Kubrick s'essaye ici à ce qu'il croit être l'amour vaudou. C'est ça qui lui plaît. C'est ça qui l'excite. La frontière entre la civilisation, les aberrations de la civilisation (moonisme précoce, scientologie de l'ordre de Malte) et la pure magie noire, celle des Nègres aux gros tambours, c'est ça qui le branche. Les gros tambours, on ne les voit jamais, mais l'oreille et le ventre enregistrent les pulsations «primaires», «sauvages», les vibrations presque techno de rave moyenâgeuse que l'image serait bien à mal de communiquer. Ce sont les seuls frémissements qui donnent un semblant d'émotion à ce film pour filles.

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