sábado, 22 de agosto de 2015

Femmes, femmes (2)

LOUIS SKORECKI 22 OCTOBRE 2002 À 01:29

Ciné Cinéma Auteur, 22 h 55.

Des films cultes, il n'y en a pas plus d'une dizaine. La première version d'Elle et Lui de Leo McCarey, un Renoir (la Nuit du carrefour), un Ford (Steamboat Round the Bend), un Charlot tordu d'amour (les Lumières de la ville). Ajouter un Lang, un Tourneur (l'Invraisemblable Vérité, Leopard Man), et c'est à peu près tout. Dans les provinces de la cinéphilie, on en trouvera d'autres, mais ce n'est qu'un malentendu. Frédéric Mitterrand, le premier à avoir programmé le film à la télé, est l'un de ceux qui ont su d'emblée que Femmes, femmes est l'un des rares films auxquels on ne cesse de s'abandonner, jusqu'à l'hébétude, comme à toute oeuvre d'art qui se respecte. Documentaire onirique, photographié à la craie, comme sur un tableau noir, par Georges Strouvé, Femmes, femmes (1974) parle de solitude et de théâtre, c'est-à-dire de cinéma. On a insisté lourdement sur le fait que les deux actrices de Vecchiali, Sonia Saviange et Hélène Surgère, se sont retrouvées quelques mois plus tard dans Salo, Pasolini ayant littéralement adoré le film de Vecchiali. Malgré sa grâce et son intelligence, jamais Pasolini (plus doué pour la sémiologie militante et la poésie que pour le cinéma) n'a produit un film aussi noir et sidérant que Femmes, femmes, sombre méditation d'art et d'amour, aussi virtuose qu'un standard de Chet Baker, une ballade de Billie Holiday, un solo stravinskien de Charlie Parker.

L'histoire surprend deux femmes à la beauté déjà usée, deux déesses pour pédés en mal d'icônes, à la recherche de rôles, de souvenirs, de miroirs. Actrices éprises de déclamation intérieure, amies-rivales, rêveuses, rieuses, elles traversent leur petit appartement comme si c'était une scène, un studio, le ciel. Le film hésite un temps entre Beckett et Bataille, laissant finalement Sonia Saviange et Hélène Surgère épouser, comme dans un rituel de mariage, leurs rôles malades. Elles le font comme on tire sur une cigarette. Femmes, femmes, ce sont elles. C'est leur église, leur bordel, leur cathédrale d'amour.

SKORECKI Louis

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