sábado, 22 de agosto de 2015

Femmes, femmes. France 2, 0h45.

30/10/1998 à 12h55

SKORECKI Louis

Des films cultes, il n'y en a pas beaucoup. Un ou deux mélos (Elle et Lui, Mirages de la vie), un film monstre (la Nuit du chasseur), un Charlot rêveur (le Kid), et c'est à peu près tout. Dans les provinces de la cinéphilie, on en trouvera bien une centaine d'autres, mais ce n'est qu'un malentendu. Quand Mitterrand programme Femmes, Femmes, il nous rappelle que cet ovni de Paul Vecchiali, cinéaste honnête mais irrégulier, mérite aussi de figurer au rang des films fétiches qu'on ne se lasse pas de revoir et d'évoquer. Documentaire onirique, photographié dans un noir et blanc crayeux par Georges Strouvé il y a vingt-cinq ans, Femmes, Femmes parle de la solitude et du théâtre, c'est-à-dire du cinéma. Pour dire tout le bien qu'ils en pensaient, des critiques de cinéma ont insisté lourdement sur le fait que les deux actrices de Vecchiali se sont retrouvées quelques mois plus tard dans Salo, Pasolini ayant adoré Femmes, Femmes. Mais on s'en fout. Malgré sa grâce et son intelligence, jamais Pasolini n'a produit un film d'une poésie aussi noire et sidérante que Femmes, Femmes, méditation alcoolique et droguée sur l'art et l'amour, aussi virtuose et désespérée que les plus beaux solos de Charlie Parker ou les ballades les plus suicidaires de Billie Holiday. L'histoire, quant à elle, surprend deux femmes à la beauté déjà usée, deux déesses pour pédés en mal d'icônes, à la recherche de rôles, de souvenirs, de miroirs. Actrices éprises de déclamation intérieure, amies, rivales, rêveuses, rieuses, elles traversent leur petit appartement comme si c'était une scène, un studio, le ciel.

Dans ce film tendrement délirant, entre Bataille et Pirandello, Sonia Saviange et Hélène Surgère, créatures de Dieu, femmes du Diable, épousent leurs rôles malades comme on tire sur une cigarette, avec une sensualité nerveuse qui n'appartient qu'à elles. Ce sont deux actrices de la trempe de Greta Garbo ou Bette Davis. Même si d'autres (Biette, Téchiné) les ont un jour dirigées, elles appartiennent à Femmes, Femmes pour toujours. C'est leur église, leur bordel, notre cathédrale d'amour.

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