quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Fespaco 95, Festival du cinéma africain. Paroles du cinéma africain. Le sous-développement, c'est aussi le manque d'images

Par Louis SKORECKI — 19 avril 1995 à 02:56

CANAL +, en clair. 20h30.

Profitant du 14e Festival panafricain du cinéma, le Fespaco, Canal Plus propose en vingt-six minutes un passionnant état des lieux du cinéma africain. Produit par Marie-Christine Malbert et réalisé par Catherine Rueille, Fespaco 95 s'offre en clair à 20h30, à la place du Journal du cinéma.

Sur l'air d'une rumba typique qui met allègrement dans le bain les invités du Festival, on apprend qu'il a fallu attendre deux ans après l'invention du cinéma pour qu'en 1897 une mission cinématographique belge se risque à tourner quelques images au Congo. Le premier véritable film africain ne date que de 1966, c'est la Noire de... de Sembene Ousmane. Le documentaire offre des images magnifiques et troublantes de la Noire de..., dans lesquelles une employée africaine exilée en France ne sait pas comment écrire à sa mère restée au pays. Côté témoignages, Gaston Kaboré insiste sur deux chiffres qui font réfléchir: il y a moins d'un siège de cinéma pour 100.000 habitants et l'Afrique produit cinquante films par an, qui ne sont même pas vus sur le continent africain.

Mais Fespaco 95 donne aussi largement la parole à des nouveaux venus sur la scène cinématographique. C'est l'occasion pour Mweze Ngangura de rappeler la Conférence de Berlin de 1885 qui a vu le partage de l'Afrique entre les Etats coloniaux avant de poser la question essentielle: comment passer de l'oralité au visuel?

Pour sa part, Johnson Traoré raconte comment l'Afrique découvre simultanément le cinéma et la colonisation. Dans la Croisière noire (Louis Poirier, 1925), on montre un pygmée craintif «mais qui ne résiste pas à une banane». Entre 1920 et 1950, des cinémas sont construits, mais, dans les villages, les films sont projetés sur des draps tendus. On peut ainsi découvrir Keaton, Chaplin, ou un western très «exotique». Le genre de film où un acteur peut être tué et revenir, vivant, dans un film projeté quinze jours plus tard. Pour des Africains, c'était vraiment le diable personnifié et le cinéma était souvent considéré comme un lieu de perdition. D'ailleurs, pour insulter son fils, il arrive qu'on le traite de «bandit-cinéma».

Le documentaire s'attarde aussi sur de très belles images de Nijugu Guimba le tyran, le film de Cheik Oumar Sissoko qui a récolté le grand prix du Fespaco 95, avec ses cavaliers épiques sur fond de dunes éternelles, avant d'écouter Bassek Ba Kobhio parler de Fernandel, Kramo-Lanciné Fadika évoquer Tarzan qui plonge pour sauver une jeune fille à la dérive. Au milieu des extraits de films récents, Fespaco 95 nous apprend le succès populaire, au Burkina Faso et au Mali, de certains films africains. Sembene Ousmane conclut ce beau reportage d'une parabole magnifique: «On a des Mercedes et des BMW, mais, quand on passe devant la maison du père, il ne faut pas accélérer trop fort, car le vent risque de l'emporter.»

Louis SKORECKI

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