segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Frontière chinoise

par Louis SKORECKI

TPS Cinétoile, 21H

Du temps où j'allais au cinéma, certains films faisaient frontière. Qui aimait tel film, qui n'aimait pas tel autre, était un ennemi. Ces frontières ont cessé d'exister quand la cinéphilie n'a plus été hors la loi. Dorénavant, il serait impossible de dire que Peckinpah était un zoomeur fou, que les dix derniers Godard étaient à chier, ou que Cheyenne Autumn fût un mauvais Ford. Les films-frontière fordiens (Cheyenne Autumn, Frontière chinoise), qui ont séparé pendant des années des bandes de cinéphiles rebelles, n'existent plus. J'ai toujours pensé que les Cheyennes était un navet et Frontière chinoise, un chef-d'oeuvre. Faire frontière, tout est là.

Sept femmes face à la barbarie d'un Orient de pacotille, face à la barbarie des intégristes catholiques, on conviendra que le sujet est pour le moins actuel. Ford a rarement filmé les femmes, en tout cas jamais aussi frontalement.

Si je n'avais pas peur, je dirais qu'il met les mains dedans. Dans leur imaginaire, dans leurs têtes, dans leurs corps. Elles parlent de survie et d'amour avec des airs de furies shakespeariennes ou de lolitas déchaînées. Le seul occidental du lot est un demi-homme, l'Oriental est un géant johnwaynien. Anne Bancroft, sublime, a pris in extremis la place du dernier amour de John Wayne, Patricia Neal. Patricia Neal aurait été encore mieux.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog