sábado, 29 de agosto de 2015

Gertrud

ARTE, 22 h 10

par Louis SKORECKI

Du temps où je passais mon temps au cinéma, certains films faisaient frontière. D'un côté, les bons cinéphiles, de l'autre les mauvais. Ces frontières ont cessé d'exister dès que la cinéphilie a cessé d'être hors la loi. Dorénavant, les maîtres du cinéma seraient égaux. Plus question de dire qu'Huston, Bergman ou Fellini étaient nuls (ce que j'ai toujours pensé), il fallait y mettre les formes. Gertrud est l'un ces films frontière qui ont séparé pendant des années des bandes rivales de cinéphiles, certaines ne supportant pas plus de dix minutes la lenteur bavarde et mélancolique du vieux Dreyer. Il a 75 ans quand il signe cette terrible histoire d'amour en chambre. Il mourra cinq ans plus tard.

Gertrud est d'une telle désuétude - ­vieillot est trop faible - que les dialogues interminables (pour ceux qui ont le mauvais goût de ne pas aimer) sont bien plus effrayants que le silence absolu du plus muet des muets. Le vieux Dreyer, c'est ça : plus ça parle, plus ça se tait. De son avant-dernier film, Ordet (la Parole, 1955), dont on reparlera dans huit jours, à son chef-d'oeuvre terminal d'intranquillité, Gertrud (1964), le silence se fait. Un silence perclus de doutes, de solitude, de remords. Une femme quitte un homme, elle raconte à un ancien amant poète, pourquoi elle l'a, lui aussi, quitté des années plus tôt, après avoir surpris un mot de sa main. Il y disait que l'amour d'une femme et le travail n'allaient pas ensemble. Ah bon ?

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