domingo, 23 de agosto de 2015

Gideon of Scotland Yard (2)

TPS CinéClub, 17 h 25.

par Louis SKORECKI

Jacques Aumont croyait que Jacques Aumont, c'était lui. Faut dire qu'il y avait de quoi se tromper. Mon Aumont à moi enseignait aussi le cinéma, mais il n'avait pas grand-chose à voir avec le brillant historien, l'ancien théoricien des Cahiers du cinéma, le polytechnicien des universités, même si lui aussi, ça m'avait été rapporté, aimait beaucoup Ford. Le faux Jacques Aumont, le mien, ce personnage de fiction qui tenait David sous son emprise, avait pour Ford une passion exclusive. Quand il parle de Gideon of Scotland Yard, disait David, ses yeux brillent. Les tiens aussi, je dis, ils sont écarquillés. Tu as fumé ? Tu sais que je déteste ça. David se frotte les yeux, il ne répond pas. Quand il sort de sa léthargie, un siècle plus tard, il me demande ce que je pense de Gideon of Scotland Yard. Je lui dis que j'ai oublié, mais qu'en 1958 les films étaient presque tous très beaux. Si monsieur Edouard avait été là, il lui aurait raconté Ford mieux que moi, il le connaît par coeur.

Dès qu'on prononce son nom, monsieur Edouard se pointe. Vous parlez de Gideon of Scotland Yard, c'est ça ? C'est le plus fordien de ses films, chaque voleur, chaque mouchard y est décrit avec une vraie tendresse. Ford a toujours préféré l'extraordinaire du quotidien à l'extraordinaire de l'exploit. Le western n'a d'ailleurs été pour lui que la réhabilitation documentaire du quotidien de l'Amérique. Quel est le rapport de Ford à l'Angleterre ? demande David. Le même que celui d'Hitchcock, répond-il, c'est de là qu'il vient, il ne l'a jamais oublié. Ford vient plutôt d'Irlande, dit timidement David. Pour ce qui est de sa mythologie personnelle, oui, pas en ce qui concerne son cinéma, répond monsieur Edouard, c'est pourquoi Gideon of Scotland Yard rappelle tellement Le crime était presque parfait. Ford et Hitchcock n'ont rien en commun, dit Caroline, qui vient d'arriver. Tu te trompes, répond monsieur Edouard, ils n'aiment que le détail, le détail qui tue.

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