segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Gipsy

25/06/2002 à 00h04

Cinétoile, 17 h 35.

SKORECKI Louis

Pour les nostalgiques du «film de genre», ces escouades de jeunes crétins qui débarquent avec leurs casques coloniaux sur l'île Cinéma, en hurlant les noms de leurs cinéastes préférés comme des commentateurs sportifs, le nom de Joseph Losey ne dit rien. Rien de bon, en tout cas. Il faut dire qu'ils ont des excuses. Il y a longtemps qu'on ne passe plus ses meilleurs films, ni au cinéma, ni à la télé. Des navets tardifs, en revanche, il suffit de se baisser pour en ramasser, du Messager à la Truite, en passant par ce film pompeux à la gloire d'Alain Delon en forme de faux chef-d'oeuvre pré-lanzmannien, Monsieur Klein. Rappeler que Joseph Losey a eu au moins trois carrières. La seule période américaine justifie qu'il ait pu faire partie, avec Lang, Walsh et Preminger, du célèbre carré d'as macmahonien. Génie brechtien précoce, marié pour le meilleur et pour le pire à la mièvrerie hollywoodienne, à ses stars, à ses couleurs, à ses violons, ce Losey-là laisse quelques joyaux comme l'Enfant aux cheveux verts, The Lawless, Stranger on the Prowl, ainsi que le somptueux remake oublié de M le maudit. Pendant une dizaine d'années (1948-1958), les films de Joseph Losey valent largement ceux de Nicholas Ray. Ces deux-là sont de la même famille, oniriste, baroque, et follement individualiste.

Après le maccarthysme et l'exil anglais, ça se gâte vite. Si on peut sauver de cette deuxième période l'Enquête de l'inspecteur Morgan (avec la sublime Micheline Presle) et Accident, des pièces prétentieuses comme Eva, Modesty Blaise ou The Servant annoncent la déchéance et le ridicule à venir (Boom, l'Assassinat de Trotski, l'Anglaise romantique). Un film épouvantable comme Don Giovanni, produit par le fossoyeur multidiffusé du cinéma français, Daniel Toscan du Plantier, ferait presque oublier le génie de ce cinéaste à la fois flamboyant et discret. Les fresques amoureuses de Gipsy rappelleront à ceux qui croient que le cinéma fantastique et poétique commence avec David Lynch que l'Amérique a un passé. Dans ce mélodrame walshien aux séquences rapides et incisives, Mélina Mercouri tient son plus beau rôle, celui d'une bohémienne calculatrice et sensuelle. La violence vertigineuse du dénouement est comme une prémonition, avec presque un demi-siècle d'avance, de la fureur de vivre et de mourir du nouveau Guédiguian, Marie-Jo et ses deux amours, qui sort demain.

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