quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Hélas pour moi.

31/10/1995 à 08h49

SKORECKI Louis

Ciné Cinémas. 20h30.

Depuis quelques années, Jean-Luc Godard poursuit son élaboration d'un cinéma de chambre qui travaille l'épaisseur de ses bandes-son. Souvent incompréhensible, il oblige le spectateur à se rattacher tantôt à la beauté d'une image, tantôt à la poésie musicale d'une phrase, sans lui laisser le loisir d'entrer complètement dans l'énigme de sa fiction.

Hélas pour moi, son dernier film (1993), n'échappe pas à cette règle de la lisibilité brouillée. Et à vrai dire, il faut lire le résumé du film pour pouvoir s'accrocher à quelque chose de tangible. Pour Hélas pour moi, ce résumé était à peu près le suivant: Abraham Klimt, un éditeur, enquête sur un miracle récent advenu quelque part en Suisse. Propriétaire d'un garage, Simon Donnadieu, marié à Rachel, s'est éloigné un jour et une nuit pour conclure une affaire. Or, c'est son corps que Dieu a finalement choisi pour s'incarner et approcher son épouse. Celle-ci, troublée par le retour de cet «étrange familier», résiste puis s'abandonne. Le lendemain, Dieu se retire après avoir offert sans succès l'immortalité à Rachel, Simon retrouve sa femme et l'enquêteur repart.

Sur une route bordée d'herbe d'un vert incandescent, un homme marche de dos. C'est d'abord l'acteur Bernard Verley qu'on voit, massif, inquiet. Il est question du mystère de la prière. Cet homme recherche Simon et Rachel. En attendant, il achète des histoires. Godard mélange la voix d'un narrateur, des dialogues off, des textes écrits sur l'écran, dans une polyphonie délicieuse à l'oreille mais difficile à l'entendement.

Une image floue devient peu à peu nette et laisse apparaître la rousse Rachel (Laurence Masliah). «Il y a des phrases fausses qu'on transporte pendant des années» dit un prof à un personnage qui relève que c'est une phrase de Mallarmé. Dans cette histoire brisée, Depardieu-Simon apparaît relativement tard, peu à l'aise au milieu des paraboles bibliques et des citations littéraires.

On apprend que le Manifeste du parti communiste a été écrit la même année qu'Alice au pays des merveilles. Peut-être faut-il, alors, simplement se laisser aller au délié des corps sans chercher à comprendre. Voir un beau livre d'images pastorales qu'on feuillette avec plaisir.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog