domingo, 23 de agosto de 2015

Inspecteur de service

LOUIS SKORECKI 28 DÉCEMBRE 2005 À 05:08

TPS CINECLUB, 21 heures.

Jacques Aumont était furieux. Il avait lu une de mes chroniques, et il avait cru que Jacques Aumont, c'était lui. Il faut dire qu'il y avait de quoi se tromper : même nom, même spécialité. Mais c'est tout. Entre le petit professeur qui fascine David et le polytechnicien des universités, l'ancien théoricien des Cahiers du cinéma, il n'y a aucun rapport. Je ne suis même pas sûr que le vrai Jacques Aumont aime Ford : trop énigmatique, trop contradictoire, trop muet. Le faux Aumont, le mien, c'est autre chose. Ce personnage de fiction, qui tient David sous son emprise (le pire, c'est que David aime ça), a pour Ford une passion exclusive. Quand il parle de Gideon of Scotland Yard (Inspecteur de service), dit David, quand il le compare à son double hitchcockien, Le crime était presque parfait, on voit l'ombre du film qui brille au firmament du cinématographe. David a les yeux écarquillés, je n'aime pas ça. Tu as fumé ? je lui demande. David se frotte les yeux, il ne répond pas. Quand il sort de sa léthargie, quelques siècles plus tard, il me demande ce que je pense de Gideon of Scotland Yard. Je lui dis qu'un film de 1958, il faut le regarder a priori avec tendresse. Si seulement monsieur Edouard était là, il lui raconterait Ford, il le connaît par coeur.

Dès qu'on prononce son nom, à croire qu'il a des micros partout, monsieur Edouard se pointe au quart de tour. Vous parliez de Gideon of Scotland Yard, c'est ça ? C'est le plus fordien de tous les films de Ford, avec une belle attention maniaque aux voleurs de Londres, aux mouchards, aux assassins. C'est quoi un film fordien ? demande David. Celui qui préfère l'extraordinaire du quotidien à l'extraordinaire de l'exploit, répond monsieur Edouard. N'oubliez pas que le western n'a été pour Ford que la réhabilitation de l'ordinaire de l'Amérique. David regarde ses pieds. Moi aussi.

(A suivre)

SKORECKI Louis

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