domingo, 23 de agosto de 2015

Je, tu, il, elle

CINECINEMA AUTEUR, 2 h 50

par Louis SKORECKI

Je n'aime pas le cinéma. Depuis quand ? Vingt ans, trente ans, je ne sais plus. Ce n'est pas tant que les films soient devenus mauvais (ils sont devenus mauvais), c'est que les spectateurs ont déserté les salles de cinéma pour les festivals, choisissant de devenir des crétins à temps plein. Quand les spectateurs deviennent mauvais, le «cinéma» se met entre guillemets. J'ai compris que je ne faisais pas partie de ce monde, et qu'il ne faisait pas partie du mien. J'ai cessé de faire des films, j'ai cessé d'avoir envie d'en faire. Même le Juif de Lascaux, le seul projet de film auquel je tenais, j'ai cessé d'y travailler, d'y penser. Si j'ai continué à écrire sur le cinéma, c'est que la télévision m'a semblé un endroit moins incestueux, moins décadent, moins décati, que le cinéma. Je me suis inspiré de l'exemple de Jean-Pierre Oudart, qui a écrit les plus belles pages des Cahiers (sur Kubrick, sur Kramer) sans avoir d'affinité particulière avec le cinéma. Son texte fondateur, la Suture, est étudié et décortiqué d'un bout à l'autre des Etats-Unis, tandis qu'il continue de rêver à Bonnard, à Vuillard. Il n'a jamais aimé le cinéma. Ce n'est pas comme s'il avait cessé de l'aimer, il ne l'a jamais aimé.

J'ai vu Je, tu, il, elle pour la première fois à Digne en 1974. Chantal Akerman venait de le terminer. Je détestais déjà les festivals, je pensais que s'y jouait la fin de la ferveur cinéma, la fin du direct dans les salles de quartier, mais on dénichait encore aux Rencontres de Digne, l'anti-festival de Pierre Queyrel, des inédits de Patrice Kirchhofer ou Stavros Tornes. Les spectateurs de festivals sont devenus trop mauvais pour que de tels films se fassent et se présentent à eux. Ils auraient honte, les films, d'être vus par ces gens-là. Dès que j'ai vu les premières images de Je, tu, il, elle, le premier et le dernier film d'amour lesbien, j'ai su que c'était un film important.

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