sábado, 22 de agosto de 2015

Journal intime. Arte, 1 h 00.

03/03/1999 à 23h59

SKORECKI Louis

Ancien cinéaste amateur vaguement alternatif, vaguement gauchiste, vaguement stalinien, aujourd'hui encore friand de sagas soviétiques et de bons Jivago sentimentaux, Nanni Moretti semble être réduit de plus en plus à la chronique de ses déboires d'exploitant indépendant à Rome, programmateur malheureux des enfantillages d'Abbas Kiarostami, postnéoréaliste attachant, dont Arte refourguait, il y a deux ou trois jours, le poétiquement superbe mais un rien surfait Où est la maison de mon ami? (les cinéastes amateurs de mômes devraient toujours être soumis à une seule et même question: pourquoi ces enfants vous intéressent-ils? Pourquoi?) Dans Journal intime, Moretti s'expose en brillantes digressions, en éparpillements, confessions, recadrages ­ autant de flash-backs personnels au présent. En fait, sa vie a été un enfer. Il la reconstitue en une myriade de gags sévères, pince-sans-rire, avec un minimalisme inquiet que ne renierait sans doute pas un Woody Allen (en voilà deux, au moins, qui doivent se dépatouiller avec de sacrées mères, une juive, une Italienne, un peu excessives toutes deux, à ce qu'il semble). L'essentiel de ce Journal intime, qui pratique avec brio l'art de la déception monochrome, c'est une sorte d'autoconfession médicale, véritable feuilleton absurde et interminable sur les ennuis de santé d'un comique inquiet.

A propos d'inquiétude, on rappellera ici que le chef-d'oeuvre de Moretti n'est ni Bianca, ni même La messe est finie, formidable mélo catholique dont le seul coup de génie morettien, au fond, est de s'être donné (alors qu'il est essentiellement un comique méchant, un comique qui donne des coups) le rôle d'un prêtre catholique, autrement dit: celui qui ne peut pas, par définition, donner des coups, vu qu'il doit au contraire tendre l'autre joue pour en recevoir. Moretti n'a jamais fait mieux que Sogni d'oro, catalogue autobiographique des cauchemars récurrents d'un cinéaste en tournée, sur le point de tourner un nouveau film, véritable délire dadaïste sur les problèmes domestiques de Sigmund Freud. Ce film-là, bien sûr, on l'attend toujours.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog