terça-feira, 25 de agosto de 2015

La Charge fantastique

LOUIS SKORECKI 22 FÉVRIER 2002 À 22:21

Cinétoile, 21 h.

Devant ce chef-d'oeuvre épique et amoureux de Raoul Walsh, il y en a qui font la moue. Ça les embête, les errants, les non-dupes, que le général Custer, grand tueur d'Indiens devant l'Eternel, puisse être magnifié comme ça. Tant pis pour eux. S'ils veulent des gentils Peaux-Rouges, romantiques et humains, ce n'est pas au cinéma qu'ils en trouveront. Pas dans les grands films, en tout cas. C'est embêtant, mais c'est comme ça. La Charge fantastique, qui organise le massacre du plus grand nombre d'Indiens possible dans le minimum de temps, ne fait que s'aligner sur les chefs-d'oeuvre de Ford et de DeMille, qui se livrent aux mêmes tueries exaltées pour le bonheur de ceux qui savent qu'un film ne s'apprécie qu'en perdant pied devant lui. Les Indiens sympathiques, on n'en trouve que dans les navets progressistes de Delmer Daves et d'Arthur Penn (ou dans des films tardifs, très peu fordiens ou walshiens au bout du compte, comme la Prisonnière du désert et Distant Trumpet). Faut faire avec ces tueries-là, ces idéologies-là. Faut faire avec l'Amérique, avec la jeunesse de l'Amérique, pour aimer le cinéma américain, pour aimer le cinéma.

Il y a deux ou trois jours, on était en 1953 avec Raoul Walsh et Rock Hudson (la Belle Espionne), étourdis d'un nouveau concept post-cinéma rigolo, le système Haribo, qui permet de jauger les oeuvres classiques à l'aune des bonbons stars, ceux qui s'illuminent du dedans quand le soleil leur fait risette. Avec Rock Hudson et ses frisettes géantes, ça marche. Un pain d'épice de deux mètres, celui-là. Il aurait sa place au musée du bonbon Haribo, à Uzès, là où les sucreries enfantines ont enfin leur niche culturelle, à côté de réglisses légendaires et des douceurs cultes de la Pie qui chante. Douze ans plus tôt, le concept Haribo n'aurait pas marché sur la sensualité acide d'Errol Flynn. Pas assez sucrée, la star. Gentleman boxeur, séducteur effréné, partouzeur militant, Errol Flynn n'a rien d'une brique Lego ou d'un Haribo synthétique. Il tue les Indiens avec panache et aime Olivia de Havilland avec un sens du geste qui appartient à l'aristocratie américaine du XIXe siècle. Même les méchants corrompus comme Arthur Kennedy, tous ceux qui empêchent le libéralisme naissant d'être à son aise, il les méprise et les combat. Il aime séduire, caresser, vaincre. Il aime mourir pour ses idées et entraîner ses hommes dans la mort. Il est intelligent, républicain, triomphant. Le roi, chez Walsh, c'est Clark Gable. Mais le prince, c'est Errol Flynn.

SKORECKI Louis

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