domingo, 23 de agosto de 2015

La Comtesse aux pieds nus

par Louis SKORECKI

TPS CINé CLUB, 0 h 20

Quand j'ai connu Mankiewicz, c'était un sale type, raciste, aigri, affabulateur. Jeune, Mankiewicz devait être fréquentable. La Comtesse aux pieds nus appartient à sa période romantique, à égale distance de deux autres chefs-d'oeuvre, l'Affaire Cicéron (1952) et Un Américain bien tranquille (1958), une période où les bavardages répétés des personnages se teintent d'une musicalité baroque, ce qui n'empêche pas le «vrai» Mankiewicz, le sale type, d'apparaître dans les marges, en poète fauché ou en artiste incompris.

Deux hommes ont aidé à la naissance de ce film. Jack Cardiff d'abord, le chef opérateur qui remplaça Ford, malade, sur l'un de ses plus beaux films, Young Cassidy, avec un tel respect de l'esprit fordien que sa mise en scène a la transparence d'un Mizoguchi. La photo de Cardiff donne à la Comtesse cette même transparence rêveuse, cette sécheresse qui empêche le film de verser dans l'autocomplaisance. L'autre personnage clé du film est plus mystérieux. Il s'appelle Michael Waszynski. Vingt ans plus tôt, en 1937, il signait le plus beau film yiddish du siècle dernier, le Dibbouk (et une quarantaine d'autres, inconnus ou presque). On ne sait presque rien de lui. Il s'engage après-guerre dans l'armée polonaise en exil, gagne l'Italie, signe deux ou trois films B locaux, supervise en 1955 une série télé américaine (Captain Gallant of the Foreign Legion), avant de produire aux côtés d'Anthony Mann (le Cid, la Chute de l'Empire romain), de Nicholas Ray (les 55 Jours de Pékin), et surtout de Mankiewicz (Un Américain bien tranquille, la Comtesse aux pieds nus) quelques-uns de derniers grands films tournés en Europe. Il meurt en 1965, à 60 ans. Il n'est dans aucun dictionnaire. Qui était-il ?

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