sábado, 29 de agosto de 2015

La Corde

LOUIS SKORECKI 7 MAI 2002 À 23:23

Arte, 17 h 35 (sur le câble).

A coups de couillonneries postcinéphiles, on s'étourdit de contre-vérités dans les bordels universitaires du monde entier. Hitchcock, par exemple, serait un pur cinéaste. Regarder du côté de la Corde. Se laisser aller à son rythme paresseux, à son surplace filmé. Se saouler à l'anticinéma d'un grand cinéaste jamais devenu tout à fait américain. Un Anglais, c'est quoi ? Un homme bien élevé, pour qui le cinéma et la télévision ne seront jamais que des objets de mépris. C'est comme ça. Il n'y a pas si longtemps, un directeur de la BBC et un patron de Channel Four se vantaient en privé de n'avoir pas de télé chez eux. Le cinéma, la télévision, c'est pareil. Ce n'est pas un truc dont on parle en public. Le cinéaste fait un métier forain, ça commence à se savoir. Pour Hitchcock, ce serait même plutôt un métier honteux. Ce qui ne l'empêchait pas d'inventer des anecdotes pour faire plaisir à ses amis, Douchet ou Truffaut, et d'accepter qu'on fasse tout un plat théorique de sa cuisine, sa cuisine intime. Il n'est pas le seul. A Hollywood, depuis le début des années soixante-dix, tout le monde fait ça.

C'est quoi, la Corde ? Devant ce bloc de théâtre filmé, on fait quoi ? On y va ou on n'y va pas ? Cette machination criminelle à deux (Farley Granger, John Dahl), déjouée par un troisième (James Stewart), on y croit ou on reste à distance ? Entrer ou ne pas entrer, telle est la question. Devant cette pièce de théâtre filmée, enregistrée en continu, à bout de bobines mises bout à bout pour n'en faire qu'une, on fait quoi ? On reste dehors ou on entre ? Devant ce refus têtu des règles du cinéma (l'ellipse, le montage, la suture), on fait quoi ? Allez, on entre. Assez claustrophobe pour sublimer son ballet pour assassins stylés, la Corde ne joue finalement que très peu de la transparence et du montage invisible, ces artifices qui sont au coeur du cinéma de la transcendance (Mizoguchi, Lang, Losey). Comme le dit joliment Lourcelles, le personnage principal de la Corde, c'est la caméra. Etre autre chose que du théâtre filmé, c'est l'aspiration somme toute limitée du cinéma. Le cinéma, ce qui ne se soutient que d'être du théâtre filmé.

SKORECKI Louis

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