domingo, 23 de agosto de 2015

La Dame de Shanghai

Par Louis SKORECKI

Et si la Dame de Shanghai était le vrai grand film hollywoodien d'Orson Welles ? Et si ce n'était pas cette Splendeur des Amberson en forme de beau jouet trop travaillé, trop raffiné, trop esthète, qu'on retira trop vite des mains du jeune Welles, et qu'on a évidemment trop aimé du côté de chez nous ?

- C'est quoi, ce «nous» ?

- La France cinéphile. Tu as oublié combien on a adoré les Amberson ?

- C'est mal ?

- Juste un peu exagéré. Quelques mois après Citizen Kane - un petit miracle, mais un miracle quand même -, Welles s'imaginait avoir toute liberté pour ces Amberson en costumes et petites voitures, avec son acteur fétiche, Joseph Cotten (qu'il prêtera à contre-coeur à Hitchcock l'année suivante pour l'Ombre d'un doute). Il avait tort.

- Au départ, ce sont les Cahiers qui ont défendu les Amberson, non ?

- Oui. Quelques merveilleux gamins égarés qui s'étaient trompés de siècle.

- C'est mal ?

- Je ne sais pas, mais la France entière n'a pas tardé à surestimer elle aussi les Amberson, oubliant du même coup que le grand Welles classique, c'était à l'évidence la Dame de Shanghai, chef-d'oeuvre d'amour qu'on a trop longtemps abandonné aux seuls crétins américains. Devant une lumière aussi belle, aussi tropicale, je ne comprends pas que les crétins français aient hésité une seule seconde à se transformer en papillons de nuit.

- Pour se brûler les ailes, c'est ça ?

- Exactement. Quand le truqueur shakespearien improvise un mélo aussi décalé, aussi trituré, je suis aux anges. Quand Welles se filme en sublime diva, aussi adorablement mince, aussi adorablement moite, juste pour séduire la belle Rita Hayworth, je maigris aussi vite qu'une reine du glamour. Tiens, j'ai déjà perdu dix kilos.

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