terça-feira, 25 de agosto de 2015

La Griffe du passé

Cinécinéma classic, 20 h 45.

SKORECKI Louis

Tourneur, c'est le nom de code pour ce qui ne se représente pas. On ne peut pas se représenter ce qui ne se représente pas. ça vous étonne ? Mais vous n'êtes pas Dieu, sinon ça se saurait. Dieu, c'est celui qui sait ce qui se passe dans votre salle de bains, même si vous êtes en voyage à Port-au-Prince. Surtout si vous êtes en voyage à Port-au-Prince. Dieu, c'est ce vieux monsieur qui peut tout voir, même l'invisible. Comme dans Vaudou, joli film zombie tourné du côté de Haïti ou de Hollywood. Pour Dieu, pas de différence, les hommes sont égaux, même ceux qui sont plus foncés. Dans Vaudou, Dieu chantait de très beaux calypsos. Pour ne pas avoir d'ennuis, il avait pris un pseudonyme, un truc comme sir Lancelot ou seigneur Rochereau. On n'y a vu que du feu au Vatican. Il n'a même pas eu d'avertissement.

Tourneur, c'est Dieu. Au cinéma, il n'y a que lui. Murnau n'est pas mal non plus, surtout quand c'est Douchet qui l'explique dans l'édition DVD de l'Aurore (Carlotta). Douchet, c'est le vrai passeur entre le XIXe siècle (le siècle du cinéma) et les siècles qui suivent. Le ciné-fils, c'est lui, pas Daney. L'autre jour, à Turin (on lui avait forcé la main), Jean Douchet a dit quelques mots sur Stavros Tornes, ce grand cinéaste auquel le festival rendait un bel hommage. Tornes croyait aux mêmes fantômes, aux mêmes dieux que Tourneur (ou Murnau, d'ailleurs). La clarté des quelques phrases de Douchet mérite anthologie. Pendant qu'à Turin, les critiques applaudissaient les mensonges du vieux Lang devant la caméra du jeune Friedkin («Une heure après la proposition de Goebbels je prenais le train pour Paris»), les enluminures de Tornes illuminaient une petite salle transformée en église. Tourneur, Tornes, même cinéma. La Griffe du passé n'est pas le plus beau Tourneur, mais c'est le plus beau Mitchum. Il est mieux que dans la Nuit du chasseur ? Oui.

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