sábado, 22 de agosto de 2015

La Leçon de piano

25/11/2003 à 02h02

Cinécinéma émotion, 20 h 45.

SKORECKI Louis

Il aurait été plus facile, plus élégant surtout, de chroniquer ici Sweetie (1 h 05, même chaîne). Mais pour parler de ce qui vit, l'élégance ne mène pas loin. Aimer le romantisme désuet de Jane Campion, ça ne se commande pas. Surdouée mélancolique, elle n'est pas du genre à se laisser oublier. Rappeler que c'est Pierre Rissient qui l'a découverte, en Australie, quand elle étudiait encore le cinéma. Des types comme Rissient, il n'y en a que deux ou trois au monde, pas plus. Ancien de Présence de cinéma (la belle revue de Jacques Lourcelles, Michel Mourlet, Simon Mizrahi, Marc Bernard), c'est lui qui a réussi à imposer, à Cannes, les merveilleux courts-métrages de Jane Campion, alors qu'elle n'était qu'une inconnue. Ne pas rater la superbe édition DVD (Studio Canal) de ces miniatures, presque aussi parfaites qu'un haïku de Basho ou un poème de Ponge. Rissient a aussi lancé en Europe (c'est-à-dire dans le monde) des cinéastes aussi différents que Clint Eastwood ou Lino Brocka. Il dénicherait un cinéaste dans une meule de foin, si c'était là que naissaient les cinéastes.

Se rappeler comment l'adorable Sweetie dégoulinait d'amour. Le même amour submerge une femme plus «normale» (Holly Hunter) dans la Leçon de piano. L'obsession de Campion, c'est toujours la «normalité déplacée». Comme c'est également le thème principal des rares textes de la plus grande romancière du siècle dernier, Jane Bowles, Jane devrait vite adapter Jane. Jane Bowles serait évidemment elle aussi tombée amoureuse d'Harvey Keitel, de son corps noueux, de son regard trop bleu. Dommage que Campion oublie qu'une débauche de naturel ne donne jamais qu'un film naturaliste. Se rappeler que la jeune Campion avait une faiblesse coupable pour le cinéma de David Lynch. Préférer la Leçon de piano aux lesbiennes ripolinées de Lynch, ou à ses tondeuses à gazon. Ne pas oublier de demander à Rissient ce qu'il pense de la Leçon de piano.

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